La station rouge voit noir. Avec RTL l’ensemble des Médias est endeuillé par le décès de Philippe Bouvard. Voix emblématique de la station et figure fondatrice des « Grosses Têtes » qui au contraire gardait les pieds sur terre tandis que son humour potache légendaire n’avait pas pris une ride.

La fin de ses mille et une vies
Il est né avant même la diffusion de la première émission à la télévision française. Sept décennies de carrière plus tard, la mort de Philippe Bouvard tourne en boucle sur petit écran, à la radio tandis que les hommages se multiplient également dans le monde du théâtre, de l’humour et même de la littérature où il a écrit bien des pages capitales. Une figure historique des médias qui a cessé d’émettre ce lundi 24 août 2026. « Il s’est éteint ce matin aux alentours de 8 heures, en douceur » a annoncé Céline Landreau au petit matin sur RTL. Triste nouvelle communiqué par Colette Sauvage son épouse depuis 53 ans qui était à ses côtés à Canne où il avait pris résidence depuis plus de 70 ans. Lieu ensoleillé qui l’aidait à apaiser ses problèmes de santé de vieillesse (dont la perte de la vue) qui brouillaient son signal. Il avait d’ailleurs affirmé ne vouloir mourir nul part ailleurs que dans cette commune star de la Côte d’Azur qu’il chérissait pour ses palmiers, son historique Croisette mais aussi ses Casinos et sa vue mer paradisiaque. C’est d’ailleurs à son domicile qu’il avait fait sa dernière apparition médiatique en janvier dernier où il était apparu très affaibli. Quelques mois plus tôt il y avait reçu le journaliste Cyril Viguier pour ce qui restera sa dernière interview, avec toujours ce même regard et sourire étincelant mais surtout son humour légendaire dont il est resté fidèle de la première à dernière heure. C’est bel et bien dans la ville de Cannes où il était apparu en fauteuil roulant lors de la projection d’un documentaire consacré à sa carrière, que le journaliste sera enterré. Des obsèques qui se dérouleront ce lundi 31 août. Une cérémonie qui passera par l’église Notre-Dame-de-Bon-Voyage qui s’annonce bondée d’amis du métier et fans en communion pour lui rendre un adieu à la hauteur de sa renommée. Des collègues qui déjà multiplient les hommages à son égard. Que ce soit son successeur des « Grosses Têtes » Laurent Ruquier qui a confié avoir eu envie d’exercer ce métier en le regardant à la télévision, ou l’humoriste Muriel Robin qui a elle appris à écrire pour lui. En passant par d’autres piliers de la tv française comme Marc-Olivier Fogiel ou les doyens Jean-Pierre Foucault et Michel Drucker. Un petit écran qui a bouleverser sa grille de programmes pour l’occasion dés le soir même. En particulier le GroupeFrance Télévisions qui a diffusé plusieurs documentaires dont « Les années Bouvard : le rire de l’impertinence » ou « Philippe Bouvard, une vie de rires » raconté par Stéphane Bern. Tandis que W9 a lui misé sur un best-of des « Grosses Têtes » et Paris Premières a passé en revue « Les Mille et Une Vies de Philippe Bouvard ».

Une « grosse tête » d’affiche
La sienne a commencé le 6 décembre 1929, soit il y a près d’un siècle à une époque où il devait cacher ses origines juives. Et c’est en apercevant le célèbre Jean Cocteau dans une limousine qu’il a vu en l’écriture une manière de s’enrichir. Une plume qu’il a d’abord trempé dans l’encrier d’un journal de lycée puis d’une revue de régiment. Et c’est finalement au Figaro qu’il a écrit sans le savoir la première ligne de sa carrière à succès. Un autodidacte qui a débuté tout en bas de l’échelle en tant que coursier au service photographique. Avant d’obtenir sa carte de presse et d’être promu chroniqueur mondain puis responsable du quotidien. Un amoureux de la langue française qui a recouvert les pages de France-Soir, l’Express, Paris Match ou encore Le Point de ses bons mots. Tout en continuant de nourrir sa culture via une collection impressionnante de livres. Dont une bonne cinquantaine signée par lui-même. Des romans, recueils de pensées, chroniques, sketches ou œuvre de théâtre. Du premier « Un oursin dans le caviar » récompensé du prix Scarron en 1973 au dernier l’autobiographique « Le petit monde de Don Bouvardo » racontant ses sept décennies passés dans le journalisme. Un écrivain donc également homme de presse, voix de radio et visage de télévision incarnant l’impertinence. Inventeur entre autre du talk-show du samedi soir. Un dénicheur de talents qui a ouvert la voie à toute une génération d’humoristes, comédiens et auteurs allant de Muriel Robin à Mimie Mathy en passant par Michèle Bernier, Smaïn ou Chevallier et Laspalès passés par son fameux « Théâtre de Bouvard ». Dans son CV imposant également une apparition sous son propre rôle dans le film « L’Aile ou la Cuisse » aux côtés de Coluche et Louis de Funès. Un fou rire partagé avec Thierry Roland ou encore une séquence tv réunissant Johnny Hallyday et Jane Birkin face à une interprétation d’Alain Delon. Des centaines de moments cultes à l’image de cet homme d’esprit et figure libre qui aimait rire de tout. Mais surtout la création des « Grosses Têtes » demeurant l’émission la plus écoutée de France. Unrendez-vous culte qui a traversé les époques sans prendre de vacances. Une émission star incarnant comme Philippe Bouvard l’esprit français et l’humour un peu graveleux. Un micro resté branché durant 37 ans autour de dizaine de personnalités et débats sociétaires qu’il arbitrait d’un avis souvent tranché. Finalement éteint contre son gré en 2014 à l’issu d’un discours hyper émouvant. Un moment fort pour cette grande voix de RTL resté tout de même en ligne sur la station jusqu’en 2020 avec « Allô Bouvard ». Avant de finalement raccrocher définitivement la ligne fin 2024 à l’âge de 95 ans après 60 ans de carrière et une ultime chronique anniversaire.
DROUIN ALICIA





