Il a été bercé aux manifs. Toujours autant déterminé à faire entendre la voix du peuple et rassembler, Noé Preszow reprend la tête d’un cortège dans « Les rues de l’humanité ». Un titre engagé on ne peut plus percutant raccord à la plume poétique de cette voix militante brute et singulière.

Noé Preszow - les rues de l'humanité

À la croisée des destins

Des parents endeuillés, une patiente atteinte d’un cancer, une agricultrice obligée de refermer la clôture de son élevage. Des passants croisés dans « Les rues de l’humanité » par Noé Preszow. Un artiste aimant contempler le monde tout en se fondant dans la masse, du moins physiquement. Un auteur-compositeur-interprète et musicien belge dont les chansons ont traversé la frontière française. Poursuivant sa route avec ce petit halo de chaleur humaine venant éclairer tous ces passants tristes mais debout et solides, pourtant sur leurs épaules un bagage lourd d’épreuves de la vie. Allant de « Ces deux gars dans la ville qui marchent main dans la main, sans laisser transparaître le courage qu’ils cachent… » à « cette prof » menacée par des familles, en passant par « ce poète qui a tout pour être Rimbaud, dont les œuvres n’iront pas plus loin que sa chambre ». « Dans les rues de l’humanité, on est de plus en plus serrés, ça sent la peur, ça sent la haine, mais bizarrement, ça tient quand même » alerte-t-il d’un ton grave mais avec l’espoir de continuer à répandre un peu de lumière en s’accrochant à ses rêves. Et pourquoi pas au détour d’un carrefour inspirer un petit prodige de 3 ans qui deviendra comme lui un grand artiste resté malgré tout un éternel enfant. Un titre percutant donnant le tempo d’une nouvelle ère précédemment orchestrée par le titre « Y’a du monde » porteur lui aussi d’un message fort. Une chanson composée autour de notes de batteries hypnotiques brutes sans filtre ni arrangements, laissant toute la résonance au texte. « Y’a un monde en dehors, je t’assure, Y’a un monde en dehors de l’usure, Qu’on inflige à nos coeurs, à nos corps, En dévorant tout c’qui nous dévore » se fait-il la voix d’une jeunesseanticapitaliste refusant les modèles et diktats qu’on lui vend comme étant la norme. Invitant la génération actuelle à suivre les rêves et chemins qui s’offrent à eux. Des paroles qu’il leur livrera de vive voix lors d’une nouvelle tournée programmée en 2027. Avec un premier concert le 6 février 2027 aux Nuits Givrées de Dardilly, suivi d’une dizaine de dates. Dont un live évènement à La Cigale de Paris le 9 mars 2027 et pour l’heure un salut final depuis le Cirque Royal de Bruxelles. Un programme qui devrait s’allonger prochainement.

Noé Preszow - a nous

Un militant pour l’union

L’occasion pour Noé Preszow de jouer ses nouvelles compositions tout en réinterprétant les temps forts de ses deux premiers albums. Dont « A nous » qui l’a révélé durant le confinement qui lui a même valu une nomination catégorie « Révélation masculine » aux 36ème Victoires de la musique. Un titre évoquant le sentiment de solitude et besoin de solidarité. Rassembler, une urgence pour cet artiste engagé à la plume poétique globalement sombre. Une chanson à la fois intime et politique aux textes piquants voire drôles, anticonformistes et sociétaux composée de sujets qui lui tiennent à coeur. Des textes forts et engagés accordés à des sonorités épurées aux influences pop-rock. Un messager alarmiste mais pas moralisateur, dans le même registre que Renaud dont il se retrouve dans l’esprit rebelle et audacieux. Inspiré également par Jacques Brel, Barbara, Léo Ferré, les rimes et jeux de mots remarquables de MC Solaar et Kery James, ou plus étonnant les Daft Punk. Un artiste singulier signé comme Vianney au sein du label Tôt ou Tard, qui a entre autre écrit pour sa collègue Mentissa ou encore Zaz et Alice on the roof. Une voix militante bercée à la musique et l’art depuis son plus jeune âge par une mère musicienne et un père passionné d’art brut. Qui a entre autre touché ses premières cordes de violon dés l’âge de 3 ans. Avant d’apprendre la guitare et écrire et composer ses premières lignes. Avec le sentiment d’avoir une mission à accomplir à travers cet art. Tout en pensant ses blessures de famille « Prèchof » (du nom de son second opus) victime de l’Holocauste. Passé douloureux qui résonnent dans ses textes, dont celui de « L’exil » à la fois intime et universel sur la transmission des traumatismes et perte de ses racines. Même thématique dans « Les poches vides ». Parmi ses sujets de société profonds la montée de l’extrême droite (« Juste devant »), la Guerre en Ukraine (« La Gare »), en passant par les violences policières et injustices (« Le monde à l’envers ») ou la quête de soi (« Cette route-là ») et sens de l’existence (« Comment fais-tu pour vivre? »). Un artiste invitants les « (Aux) enfants de demain » à s’entraider pour faire face aux crises tout en continuant à chanter et danser même dans « la haine » et « l’errance » (« Que tout s’danse »).

DROUIN ALICIA