Elle avait chanté la mort d’un air enjoué. Cette dernière vient de frapper Catherine Ringer à l’âge de 68 ans. Une sortie de scène foudroyante pour cette inclassable artiste libre et audacieuse, sonnant la sortie de scène au grand complet des Rita Mitsouko demeurant un groupe star du rock français qui a bercé des générations.

Catherine Ringer - mort - Rita Mitsouko -

Extinction des feux

« C’est le cancer que tu as pris sous ton bras » chantait Catherine Ringer. Des paroles prenant une toute autre résonance à quelques jours de la mort de son interprète féminine justement emportée de manière foudroyante par cette maladie. « C’est avec une immense tristesse que la famille et les proches de Catherine Ringer annoncent son décès, emportée par un cancer foudroyant dans la nuit du 14 septembre 2026 » officialisait le communiqué de presse. Une triste nouvelle rapidement reprise en boucle dans les médias et la toile où se sont multipliés les hommages à l’égard de « l’unique et irremplaçable punk géniale » qui a inspiré Clara Luciani. Saluée pour sa « véritable force de la nature » par ses ex collaborateurs des Sparks et même par Emmanuel Macron dont elle avait pourtant esquivé une bise la décrivant comme « inclassable, irrévérencieuse » et « profondément française ». De son côté le service public a justement programmé en urgence un hommage en deux temps avec un « Taratata » spécial composé autour de ses meilleurs performances dans l’émission à laquelle elle participait régulièrement. Suivi du concert « Catherine Ringer chante les Rita Mitsouko ». Deux rendez-vous en rediffusion ce vendredi 18 septembre dés 21H10 sur France 4. Parmi les autres temps forts de sa carrière, la chanson « Qu’est ce que t’es belle » en duo avec Marc Lavoine. Mais aussi sa montée sur scène avec son fils Raoul Chichin qui a fondé lui aussi un duo intitulé « Minuit » avec sa sœur Simone. Ainsi que le 40ème anniversaire de sa rencontre avec Fred Chichin son partenaire à la vie comme à la scène avec qui elle formait les Rita Mitsouko, qu’elle avait célébré en 2019 à la Philharmonie de Paris. Sa dernière apparition télévisée remonte elle à janvier dernier, dans « 28 minutes » sur Arte. Elle y avait interprété un poème d’Alice Mendelson avec beaucoup de gaieté dans la voix et ce malgré quelques traits de fatigue sur son visage. Fin juin, avait annoncé à ses fans l’annulation d’une lecture musicale à la Maison de la poésie, pour cause d’une extinction de voix. Tandis qu’un peu plus tôt elle avait confié lors d’une interview accordée à Sud Ouest « quelques chansons dans les tiroirs, pas vraiment terminées… » qu’on espère pouvoir écouter à titre posthume.

Marcia Baila - Rita Mitsouko -

La fin d’une éternelle histoire d’A

Une chanteuse qui continuait de faire entendre sa voix en solo depuis le décès de Fred Chichin en 2007 lui aussi des suites d’un cancer. Guitariste rencontré en 1979 lors d’une audition et co-fondateur des Rita Mitsouko. Nom faisant écho à celui d’une strip-teaseuse et comédienne ainsi qu’à un parfum de Guerlain aux consonances latines et asiatiques, signifiant « mystère » en japonais. Un duo qui a justement su cultiver le sien en jouant autour d’un univers difficilement classable accordant sonorités rock, pop, punk et diverses influences plus détonnantes. Un air devariété française ambitieuse et créative, à la fois exigeante et exubérante avec une note de décadence et d’insouciance. Inspiré par le rock anglais en plus de grands auteurs français. Un groupe qui a rapidement réussi à se faire une place dans le paysage musical tout en marquant l’histoire parmi les plus originaux et détonants de la chanson française. De véritables rockstars qui créaient l’évènement à chaque concert orchestré autour d’happenings et de leurs nombreux succès. Allant de « C’est comme ça » à « Minuit dansant ». En passant par le un peu moins populaire « Singing in the Shower » en duo avec les Sparks qui leur a permis de s’installer au-delà des frontières. Ou encore lesparoles tragicomiques et gimmick rock du très populaire « Les Histoires d’A » venant de fêter ses noces d’émeraude (40 ans), continuant à résonner dans les mariages et jusqu’aux soirées étudiantes. Parmi les autres tubes incarnés par cette voix théâtrale singulière et personnalité électrique, « Andy » à l’air de drague humoristique et décalée faisant écho au ton libre de cette artiste née. Bercée depuis son premier cri le 18 octobre 1957 par un père artiste-peintre. Et qui a multiplié les expériences artistiques depuis l’âge de 15 ans, y compris du porno. Avant de s’essayer toujours au rythme de ses envies au piano, la guitare ou quelques notes de percussion et flûte douce, tant que les notes sonnaient fantaisistes et harmonieuses. Un audace et une créativité qui ont fini par faire taire les premières années silencieuses des Rita Mitsouko. Avec pour première note de succès le fameux « Marcia Baïla » joué en boucle par les radios libres et l’émission culte d’Antenne 2 « Les enfants du rock ». Et un refrain demeurant aujourd’hui encore sur toutes les lèvres. « Mais c’est la mort, Qui t’a assassinée Marcia, C’est la mort, Tu t’es consumée Marcia, C’est le cancer, Que tu as pris sous ton bras, Maintenant tu es en cendres, en cendres » chantait Catherine Ringer d’un faux accent espagnol en hommage à une proche danseuse argentine décédée elle aussi d’un cancer à l’âge de 32 ans. Desparoles sombres, mélancoliques nuancées par un air dansant et solaire mêlant zouk, tango et effets psychédéliquesainsi qu’un clip coloré faisant écho à la fantaisie et grâce de la défunte. Un véritable ascenseur sonore et émotionnel entre montées aigües et descentes graves écoulé à plus d’un million d’exemplaires. Un grand classique que la chanteuse réinterprétait chaque fois de manière unique toujours aussi haute en couleur et transcendante. Une artiste qui rebranchait régulièrement son micro en musique ou poésie et écriture, donc la voix continuera de résonner au sein de la culture populaire française.

DROUIN ALICIA