Le temps passe passe passe, mais rien n’a vraiment changé pour les Nég Marrons malgré trente ans vite écoulés. Le moment pour l’iconique groupe de hip-hop raggae de faire «Le Grand Bilan » sur scène tout en continuant de faire résonner leurs discours engagés dans les charts.

Neg Marrons - album 2026

Réveiller les consciences

Danser ou réfléchir ils ont décidé de ne pas choisir. Même accord du côté de leur double culture cap-verdienne pour Jacky Brown, congolaise pour Ben-J. Deux amis d’enfance bercé entre leurs racines afro et leurs premières écoutes de hip-hop. Univers sonnant pour eux un grand pouvoir de liberté d’expression et espace de revendication sans langue de bois. Deux artistes qui ont depuis bien grandi, se faisant la voix d’une musique à la fois festive mais surtout engagée, indépendante au discours d’émancipation. Avec pour première note leur pseudo faisant référence aux esclaves rebelles qui refusaient la soumission coloniale, quitte à risquer leur vie. Après quasi dix ans de silence le refrain semble toujours le même pour ces noms historiques de « L’âge d’or du rap français », qui malgré leur maturité demeurent dans l’air du temps mais toujours en accord avec leur direction initiale. Un groupe de retour depuis peu en indépendant avec un album éponyme orchestré autour de mélodies ambiance reggae dancehall et textes conscients porteurs de messages politiques retentissants. Allant de « Tupac Shakur » hommage à leurs influences ainsi qu’à cette légende du hip-hop, à « Ma liberté » en passant par « Les Invisibles » visant les violences policières. Tandis que « Diapora » invite les communautés à renforcer leurs liens avec le continent africain. Un continent chaleureux mais toujours contrasté par des réalités territoriales sombres. Sans oublier « Bitume » en featuring avec Booba, collègue de longue date qui a débuté sa carrière à la même époque qu’eux. Un titre engagé et fédérateur dressant un pont entre les héritages et générations.

Neg Marrons - Le grand bilan - tournée jpg

L’heure du « bilan »

Un groupe très influent applaudi justement par un public composé d’anciens et jeunes amateurs de rap à chaque date de leur tournée des festivals qui a débuté le 5 juin dernier à Chambery. Une série de concerts sur le point de s’achever ce 25 septembre durant l’évènement Mélangeons Nos Cultures à Mios. Un bon tour de chauffe et rodage de leurs nouveaux morceaux, mais aussi l’occasion de faire « Le Grand Bilan » autour d’une grande rétrospective musicale qui résonnera plus fort encore lors de son passage au Zénith de Paris le 2 octobre prochain. Avant une dizaine d’autres escales en France. Une grande fête de 2H30 conviant une pile d’invités et bien des surprises. Un nom inspiré de leur plus grand tube. « C’est fou c’que le temps passe vite, (T’as vu c’est c’que j’me dis aussi), Quand je vois l’chemin qu’on a parcouru aujourd’hui… » s’imaginaient-t-ils « parler des histoires d’avant » comme si ils avaient 50 ans, sans savoir qu’ils continueraient de chanter ce refrain une fois cet âge célébré. Un succès commercial des années 2000 qui a résonné aux quatre coins du pays au-delà des amateurs de rap, demeurant unclassique inter-générationnel toujours sur toutes les lèvres. Un duo qui a vendu plus d’un million de disques depuis la sortie de « Lève-toi, bats-toi » en 1995. Premier single qui donnait la tonalité de leurs ambitions à faire danser tout en mobilisant les foules. Des artistes qui ont porté la parole de toute une génération durant plusieurs décennies. Un « Héritage » légendaire allant de leur hymne à la fête et à l’unité « Tout le monde Debout » à « Un peu de Temps ». En passant par « Quitter son pays », « La monnaie » ou encore « Petites îles » en duo avec Cesaria Evora. Et bien d’autres collaborations de renoms avec Wyclef, Tonton David ou Amadou et Mariam, qui ont marqué « nos vies, nos quartiers, nos souvenirs ».

DROUIN ALICIA