Habituée à faire les gros titres pour ses prises de positions, c’est dans les bacs que l’on retrouve cette fois Camelia Jordana avec son quatrième opus « Facile fragile ». Un double album moitié pop, moitié acoustique où la chanteuse se dévoile légère, au milieu de sujets de société qui lui tiennent à coeur. Entretien

Camelia Jordana - Interview - Facile Fragile -

« Il va falloir que les hommes rejoignent les rangs du combat féministe »

SYMA : Comment on se sent à l’arrivée de ce 4ème album ?

Camelia Jordana : J’ai évidemment une certaine appréhension liée à la période actuelle. Mais beaucoup d’excitation, d’impatience. J’ai hâte.

“Facile Fragile” qu’est ce que ce titre évoque ?

« Facile » ce sont plutôt des chansons qui ont été faites de jour, avec d’autres personnes, de l’urbain ou la variété. Et la nuit je rentrais chez moi et travaillais seule, à mon piano avec un verre de whisky. « Facile » est une musique pop, très emprunt à l’époque, moderne. Et « Fragile » est un peu plus intemporel dans la mesure ou c’est de la musique, live.

Pourquoi ce choix de double album ? Il faut les écouter dans un ordre précis ?

Ils sont rangés ainsi selon leur mode de conception, mais le disque reste un objet complet, dans la pluralité artistique.

Vous y jouez sur les émotions et sonorités. On y retrouve des titres comme «Femmes », « Si j’étais un homme » ou « Jusqu’au bout des cils » qui sont clairement féministes. C’est l’un de vos grands combats ? Ça vous tient à coeur ?

J’ai fait énormément de chansons pour cet album, en plus de celles qui y paraissent. Il n’y avait pas de volonté particulière. Simplement j’écris sur des sujets qui me touchent, c’est un choix qui s’est fait comme ça. Plusieurs sujets s’y retrouvent, donc le féminisme.

« Si j’étais un homme » fait-il référence au tube du même nom de Diane Tell ?

Il n’y fait pas référence, mais en terminant de l’enregistrer j’ai commencé à y penser. Et je me suis dit que c’était très bien. Diane Tell était certainement une femme très forte, indépendante, surement féministe. Elle était très libre. Et justement c’est assez marrant de voir l’évolution du féminisme entre les années 80 et maintenant. Diane Tell disait certaines choses.. alors que de nos jours on dirait plutôt pas besoin d’être un homme pour faire certaines choses.

Est ce que la totalité des titres de l’album contiennent des messages, ou y en a-t-il plus léger ou sans sens caché ?

Non, certaines sont plus légères. Je n’ai pas l’impression de faire des chansons avec des messages. Je fais des chansons avec des sujets qui me tiennent à coeur. Certains parlent d’amour, de déception, d’espoir, de tolérance, de féminisme, d’autres s’adressent à une personne. La magie de la musique c’est que tout le monde peut s’approprier le sens d’une chanson comme il le souhaite.

Dernièrement un artiste comme Grand Corps Malade a sorti un album dédié aux femmes. Vous avez l’impression que la cause avance tout de même grâce à de tels projets ?

J’ai l’impression que la liberté de la parole féminine aujourd’hui est une grande nouveauté, parce qu’elle s’élargit. Et, je trouve ça magnifique.

Ça rend le message plus fort ?

Non, pour moi venant d’une femme aussi c’est tout autant très beau. Pour arriver à atteindre le but du féminisme à savoir atteindre l’égalité des droits entres les hommes et femmes, il va falloir que les hommes rejoignent les rangs du combat de toute façon.

Camelia Jordana - Interview - Facile Fragile -

« Je pense que beaucoup de gens pensent à moi comme une sorte de personne qui a 80 ans dans ma tête »

Quelle composition vous tient le plus à coeur ?

Je suis très heureuse d’avoir pu travailler sur « SOS Méditerranée » pour soutenir l’association du même nom qui sauve les réfugiés qui se noient.

On y retrouve aussi des featurings avec Dadju et Soolking, les premiers de votre discographie, pourquoi ces associations surprises un peu à contre courant ?

C’est effectivement la première fois que j’accueille d’autres interprètes sur mon projet. Ce sont des musiciens que j’adore, j’étais très heureuse à l’idée de faire de la musique avec eux. J’adore leur voix, j’ai adoré être en studio avec eux c’était une superbe expérience.

Ça fait un mélange des genres, on ne s’attend pas à les retrouver ici ! C’est aussi une façon judicieuse de viser un public plus populaire ?

Ce sont des artistes avec lesquels j’avais très envie de collaborer.. Je pense que beaucoup de gens pensent à moi comme une sorte de personne qui a 80 ans dans ma tête, que je ne fais que boire du thé en écoutant France Culture dans ma bibliothèque à la maison, mais j’ai 28 ans et je vis à la même époque que tout le monde, donc j’écoute des choses très différentes.

Camelia Jordana - Interview - Facile Fragile -

« Depuis que j’ai 16 ans je suis critiquée… pour ma tête, mon physique, ma musique, ma façon de m’exprimer, de m’habiller, me présenter, sur mon corps, et maintenant mes paroles aussi »

Ces derniers temps vous n’avez pas un peu trop l’impression d’entendre parler de vous dans les Médias pour vos déclarations et sorties de route plutôt que votre musique ? ça vous embête ?

Je n’ai pas cette impression. Je pense qu’il y a des journalistes qui ne font pas leur travail et font un article sur des tweets de fachos plutôt qu’un article en sachant ce qu’il y est dit.. mais moi je parle de ma musique toute la journée, et j’ai la chance que beaucoup de Médias s’y intéressent.

Vous n’en avez pas assez des journalistes ?

Non. C’est le cas depuis que j’ai 16 ans. Tous les artistes sont voués à ça c’est comme ça. Depuis je suis critiquée, particulièrement par les fachos sur les réseaux, pour ma tête, mon physique, ma musique, ma façon de m’exprimer, de m’habiller de me présenter, sur mon corps, maintenant mes paroles aussi.. Je n’y peux rien, et c’est pas nouveau. Ce n’est pas pour autant que je vais arrêter de créer ou de parler de mes créations.

Vous pensez réellement que c’est compatible d’être artiste et personnalité engagée ouvertement ?

Je ne crois pas être une personnalité engagée.. Je suis artiste.. Il y a des sujets de société qui me concernent et par lesquels je suis touchée. Et si on m’en parle évidement je vais dire ce que je pense et pas autre chose, pour éviter que la fachosphère dise des choses sur moi sur les réseaux. Ce n’est pas ça qui va me façonner.

Vous pensez que votre public pense comme vous ?

Je ne sais pas ce qu’ils pensent.. à partir du moment ou ils sont touchés par mon art ils sont libres. Et ensuite, si ils ne pensent pas comme moi mais que j’ai la chance de les amener vers une réflexion ou recherche d’outils d’écoute.. c’est génial. Si j’arrive à les sensibiliser à des sujets auxquels ils ne s’intéressent pas, ou à les faire évoluer et aller vers des pensées différentes sur des sujets de notre époque ou qui évoluent.

Camelia Jordana - Interview - Facile Fragile -

« Je trouve Adèle Haenel extrêmement puissante, brillante et courageuse »

Vous êtes l’une des rares ex candidates de télé crochet à être parvenue à vous détacher de cette étiquette. C’était une réelle volonté ? ça vous fait plaisir ?

Il n’y a que les journalistes qui me posent cette question. La « Nouvelle Star » je l’ai fait j’avais 16 ans c’est une expérience magnifique, je suis trop heureuse. Ça a été un peu comme un diplôme dans ma vie d’artiste qui a fait que du coup j’ai pu avoir accès à l’industrie artistique culturelle en France. Je n’ai pas cherché à me détacher de quoi que ce soit, je le vis très bien.

Des rumeurs courent sur un éventuel prime anniversaire de la Star Academy, si Nouvelle Star le faisait à son tour, seriez-vous partante pour y participer ?

Pourquoi pas.. ça dépend ce qu’on attendrait de moi. Mais oui.

D’autres projets ciné ?

Je viens de tourner un film qui s’intitule « Vous n’aurez pas ma haine ».

Est ce que vous choisissez aussi vos rôles pour le message qu’ils font passer ?

Je les choisis en fonction du rôle à proprement parlé. Si il s’agit d’une femme que j’ai envie d’interpréter avec une histoire qui me plaît, un réal qui donne envie et les partenaires en face.. plein de facteurs.

Lequel vous a le plus marqué ou fait réfléchir ?

Zora dans « Curiosa ».. Une femme arabe qui était très libre, fin 19ème/début 20ème siècle et elle m’a apporté beaucoup en tant que femme dans ma propre vie.
Et Naomi cette escorte dans « La nuit venue ». J’ai adoré l’incarner. Elle est très loin de moi, très mystérieuse, un peu sauvage on ne sait pas ou elle va taper.

Et votre plus belle rencontre ciné ?

Adèle Haenel, je la trouve extrêmement puissante, brillante, très courageuse et d’un éloquence incroyable. Chaque fois que je l’entends en interview elle m’instruit beaucoup.

Merci à Camelia Jordana.

Camelia Jordana - Facile Fragile -

 

 

Camelia Jordana « Facile fragile »

 

 

 

 

DROUIN ALICIA