Le journal d’un fou

Selon Thierry Harcourt, le Journal d’un Fou est l’histoire d’un corps qui a perdu la raison. Jouant sur les mots, le metteur en scène prend le parti de dénuder Poprichtchine, le protagoniste du roman de Gogol, et de le présenter aux spectateurs en tenue d’Adam.

Debout dans son tub, ce petit fonctionnaire du ministère se lave symboliquement de la réalité crasseuse qui l’entoure et nous fait plonger peu à peu dans son imaginaire…

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Le comédien Antony de Azevedo s’empare corps et âme du texte de Gogol.

L’absurdité de la bureaucratie impériale

Tout commence dans ce sinistre bureau petersbourgeois où Poprichtchine passe ses journées à tailler des plumes pour son directeur. Comment un descendant de la noblesse russe en est-il venu à tailler des plumes ? Cela semble insensé et pourtant c’est ainsi que va le monde et la hiérarchie dans cette Russie du XIXe siècle…

Fort heureusement, au coeur de ces bureaux et de cette routine insipide, Poprichtchine croise chaque jour Sophie, la fille de son directeur. Amoureux de la demoiselle, ce noble déchu sait qu’il ne peut plus prétendre à une si belle union alors son inconscient lui invente un autre monde au sein duquel il s’octroie le titre de roi d’Espagne.

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La folie s’empare de Poprichtchine (Antony de Azevedo)

Poprichtchine, le bienheureux

Cette oeuvre de Gogol nous entraîne donc au fil des mois à travers les fantasmes et les hallucinations d’un fou : se laissant porter par sa démence, ce sympathique personnage espionne des chiens, dérobe leur correspondance écrite et tente d’élaborer toutes sortes de stratégies pour fuir sa misérable condition de fonctionnaire.

Oppressé entre ses délires psychotiques et sa paranoïa, Poprichtchine n’a plus le sens commun et déforme à sa manière toute réalité: interné par son entourage dans un asile psychiatrique, il prend ce lieu pour un château, nous décrit sa cellule comme une chambre princière et transforme son geôlier en un chancelier ! Aussi drôle qu’amer, son discours dépeint pas à pas l’égarement d’un pauvre diable au sein d’un monde qu’il ne maîtrise plus.

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Le comédien Antony de Azevedo

Antony de Azevedo, un comédien véhément

C’est à Antony de Azevedo que revient ce rôle de dément. L’intonation un peu rustre, le front méfiant et le menton hautain, il nous fait parfois penser à un voyou qui se serait accaparé le corps de Poprichtchine. Cette posture à la fois nerveuse et presque agressive ne s’accorde pas vraiment avec l’image que l’on se fait d’un jeune noble russe mais Antony de Azevedo possède une telle maîtrise de son texte qu’il parvient à nous convaincre.

Mis à nu dans la petite cave des Déchargeurs, il s’est littéralement approprié la prose fantasque de Nicolas Gogol et nous le déverse avec un débit et une fougue impressionnante. Seul sous son ampoule qui traque les interstices de son corps et de sa pensée, il nous offre un monologue d’une grande force dont la puissance est décuplée par la proximité de l’acteur avec les spectateurs.

Dans ce face à face intime et complice, le véhément comédien crie, chuchote et se confie jusqu’à ce que la folie de son personnage et l’écriture de Gogol le consument.

Le journal d’un fou ? Un texte difficile porté avec une belle intensité par Antony de Azevedo.

Le Journal d’un fou – PDF SYMA News – Florence Yérémian

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Texte de Nicolas Gogol
Traduction : Louis Viardot
Mise en scène Thierry Harcourt
Interprétation : Antony de Azevedo

Les Déchargeurs
3, rue des Déchargeurs – Paris 1er
réservations : 0142360050
www.lesdéchargeurs.fr

Jusqu’au 26 mars 2019
Les mardis à 19h30

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Photos : ©PascalGely

En 2018, Orianne Moretti avait également mis en scène le Journal d’un fou en demandant au danseur étoile Mathieu Ganio d’interpréter Poprichtchine accompagné au piano par Kôtarô Fukuma. Pour en savoir plus: Le Rappel des oiseaux

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Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 10000 articles et interviews.