Le capitalisme, les injustices sociales, le dérèglement climatique. Depuis le début de sa carrière Keny Arkana porte la parole de bien des causes. Une artiste toujours aussi engagée, de retour sur scène mais aussi dans les charts avecl’incendiaire « Les artistes sont des lâches » à l’air de manifestation.

Chemin retrouvé
Il y avait un avant, il aura un après « Exode ». Titre du dernier album en date de Keny Arkana qui sonnait son exil de la France vers le Mexique. Un départ motivé par son besoin dévorant de liberté qu’elle voyait étouffée lors de la mise en place du pass sanitaire en pleine crise Covid. Depuis, cinq ans se sont écoulés, loin des projecteurs et même des réseaux sociaux où elle se faisait très rare. Si elle était « La Mère des enfants perdus », l’artiste a trouvé un nouveau chemin plus spirituel, tout en poursuivant sa route avec toujours l’envie profonde de chanter le monde et ses combats. Une chanteuse revenue la valise chargée de nouveaux morceaux engagés au flow incisif. À commencer par « Foudroie Les » au titre et paroles explicites. « Fille de la foudre, je crache des éclairs, Mais qui a cru que j’étais dead ? Ecartez-vous dés que je déploie mes ailes… » se frayait-elle un passage au milieu de dizaines de nouvelles voix de la scène urbaine. Une figure incontournable du rap français qui malgré la maturité a gardé « Quelque chose de pur » ainsi que ce même franc-parler composant ses chansons inédites. Dont la dernière en date « Les artistes sont des lâches » orchestrée autour d’une « plume incendiaire » et de son « flow fluide ». « Je vous mets le feu, c’est Arka à l’antenne, Oui les artistes sont des lâches, C’est pas de ma faute si le rap n’a pas de couilles, Tu vas respecter le parcours, Faut mettre des gifles pour qu’ils captent qu’on est là, On va les gifler comme ils ont jamais vu, On est tous abimés par le vécu » crache-t-elle sur l’industrie musicale. Une artiste en totale indépendance se produisant sous son propre label Los Doce Libres, au nom là encore de circonstances. C’est donc seule qu’elle s’est chargée de faire la promo de son nouveau single, en live sur la scène du Bikini de Toulouse. Un concert quasi improvisé par elle-même, huit ans après sa dernière tournée. Une rappeuse sur la route des festivals depuis début juillet, qui devait notamment se produire au Musicalarue et Ecaussystème. Évènements finalement annulés entre les incendies et la météo caniculaire. Pas de quoi refroidir cette rappeuse au sang chaud qui a chauffé ses fans pour programmer ensemble un plan B. C’est donc finalement au coeur de la ville rose que la marseillaise a posé son micro durant plus d’une heure trente face à un millier de spectateurs parmi lesquels Fabian Ordonez qui n’est autre que le papa de ses collègues Bigflo et Oli. Foule qu’elle a fini par rejoindre sous l’oeil de caméras. Des images live qui vont d’ailleurs composer son prochain clip. Tandis qu’un nouvel album devrait lui aussi retentir prochainement.

Guide de toute une génération
Un retour salué par Booba. « Reviens leur dire, nous ne sommes plus qu’une poignée » ventait-il les mérites de l’une de ses consœurs historiques. Une représentante du rap français qui a écrit ses premières lignes à l’âge de douze ans pour panser son enfance difficile. Période qui lui a inspiré bien des textes. Une jeune femme qui a grandi avec « La Rage » d’évacuer ses douleurs de début de vie cabossée. Une artiste animée également par les luttes politiques et sociales,n’hésitant pas à prendre position sur des sujets de société et injustices. Allée même jusqu’à militer au sein d’un collectif alter mondialiste en faveur du climat. Une porte-parole aux textes revendicateurs,un peu sombres mais jamais défaitistes, accordant son côté rebelle voire anti-systémique à une musique rythmée d’émotions. Des paroles contestataires écrites et raturées à la main sur des cahiers aux lignes de rimes, parlant aux peuples. Un symbole de « Désobéissance civile » clamant haut et fort ses idées dans des titres comme « Cinquième soleil » accordant à son air révolutionnaire un appel à l’unité, « Je me barre », « On les emmerde » ou « Le missile est lancé » qui lui a permis d’affûter ses armes tout en visant les âmes de toute une génération.
DROUIN ALICIA





