The Kings of Kin : Samba, Moké et Kingelez

La galerie Natalie Seroussi s’est associée à André Magnin pour nous offrir une promenade artistique parmi les « Rois de Kinshasa ». Entre les peintures revendicatrices de Chéri Samba, les tableaux populaires de Moké et les architectures imaginaires de Kingelez, elle va vous faire parcourir un petit bout de la République Démocratique du Congo.

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Julien Seroussi nous présente avec enthousiasme les oeuvres de Chéri Samba, Moké et Kingelez

Florence Gopikian Yérémian : Votre galerie est habituellement dédiée à l’art africain ?

Julien Seroussi : Pas du tout. Nous sommes une galerie d’art moderne. Notre identité va du surréalisme au pop art. Nous nous sommes penchés sur des artistes africains et notamment des peintres de la scène congolaise car nous avons trouvé que certains avaient déjà suffisamment de recul pour être exposés.

Qui avez-vous choisi ?

Nos affinités se sont portées sur trois des grands maîtres congolais que sont Chéri Samba, Moké et Kingelez. Ce sont parmi les plus anciens, ceux que l’on a appelés les Kings of Kin, « les Rois de Kinshasa », ceux qui ont contribué à créer la scène artistique au lendemain de l’indépendance du Congo. Ils l’ont soutenue du bout de leurs pinceaux, certains jusqu’à aujourd’hui comme Chéri Samba, Moké étant mort en 2001 et Kingelez en 2015.

Chéri Samba est venu voir votre exposition ?

Il est venu au vernissage, bien sûr. C’est un artiste pétri d’un humour généreux et d’une belle énergie. En voyant son portrait accroché, il s’est exclamé : « Je suis beaucoup plus jeune qu’il y a dix ans ! ». Il faut dire que Chéri Samba se teint les cheveux et la barbe à présent.

Est-ce facile de dénicher « un Samba » sur le marché ?

Il faut faire attention et s’adresser à des galeries qui le représentent depuis longtemps comme celle d’André Magnin avec qui nous avons conçu cette exposition. Ensemble, nous avons voulu faire dialoguer une galerie d’art moderne et une galerie spécialisée dans l’art africain afin de désenclaver les choses. Il faut montrer aux visiteurs que ce sont des artistes modernes et pas seulement des artistes géographiquement localisables.

CHÉRI SAMBA

Parlez-nous du travail de Samba

Chéri Samba compose très souvent par série. L’œuvre que nous présentons appartient à un ensemble de trois panneaux nommés « La vraie carte du monde ». Les tailles et les couleurs de ce triptyque sont différentes : la plus grande a été exposée à la Fondation Cartier, il y a en a une plus petite, et nous exposons le tableau intermédiaire.

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“La vraie carte du monde” de Chéri Samba

Que représente-t-il ?

C’est une œuvre de révolte où Samba renverse la carte du monde dans un geste incendiaire. Les pays sont en flamme autour de lui. À l’exemple de Moké et Kingelez, Samba aime mêler esthétique et politique dans ses compositions. C’est d’ailleurs le plus indigné et le plus engagé de ces trois artistes.

Une fois n’est pas coutume, Samba a parsemé son tableau de textes et d’écritures

En effet, son geste artistique est complété par une citation tirée du livre de Lilian Thuram « Mes étoiles noires ». Cet écrivain-footballeur est lui-même très engagé dans les combats antiracistes et géopolitiques clamant la reconnaissance des pays du sud par ceux du nord. Sa citation nous interroge sur la représentation traditionnelle des continents qui a pour habitude de centrer l’Europe et rapetisser l’Afrique. Samba montre ici qu’il n’y a pas de vraie carte du monde, que les occidentaux nous ont habitués à le concevoir à travers un certain angle qui n’est pas réel, pas plus d’ailleurs que cette carte proposée par l’artiste. Il y a un geste un peu magrittien dans l’approche picturale et le point de vue de Chéri Samba.

On peut voir un immense autoportrait du peintre sur cette carte du monde

Samba s’est représenté dedans son tableau car il aime bien se mettre en image. Comme c’est un artiste engagé et qu’il a des choses à dire, il considère que sa parole doit être incarnée par la représentation de sa figure. Son œuvre ne se résume pas à un slogan : elle a un visage qui le clame !

MOKÉ

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Scène de rue – 1990 – Moké

Vous présentez deux Moké ?

Tout à fait. Ils sont assez anciens, l’un est de 1979 et l’autre date des années 90. Ils mettent en images des marchés et des scènes de rue. On peut y voir un clin d’œil sympathique de la part de Moké car il s’est représenté aux côtés de son ami et rival Chéri Samba sous les traits de marchands de légumes poussant des chariots de manioc.

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Scène de marché – 1979 – Moké

 

L’œuvre de Moké a t-elle aussi une dimension politique ?

Moké est également un artiste engagé mais il a plus une démarche d’ethnographe. À travers ses tableaux, il montre les habitants du Congo-Kinshasa, il peint leur quotidien, les fêtes, les bars, les marchés. En s’intégrant dans ses œuvres aux côtés de Samba, Moké souligne de toute évidence leur statut de peintres populaires proches des petites gens.

KINGELEZ

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La Tour de Seattle de Kingelez

Quelle est l’approche artistique de Kingelez ?

C’est le plus rêveur des trois. Il a créé des architectures utopiques où il a imaginé une espèce de développement urbain de l’Afrique. Au fur et à mesure de son parcours, Kingelez s’est aussi intéressé à d’autres pays qu’il a parcourus au cours de ses voyages. Il a notamment travaillé sur des villes de Palestine ou des États-Unis.

Par exemple ?

Nous exposons l’une de ses propositions architecturales pour Seattle. C’est une tour sur laquelle trône la figure du Dieu Dollar. À l’exemple de Samba, Kingelez utilise ses œuvres de façon militante pour mettre en parallèle les rapports nord-sud. Derrière chacun de ses projets, il invite lui aussi son public à une réflexion qui va bien au-delà de l’art.

kings_of_kin_syma-seroussi-yeremianKings of Kin : Chéri Samba, Moké, Kingelez

Galeries Natalie Seroussi et Magnin-A

L’exposition se poursuit jusqu’en juin 2021

 

Natalie Seroussi
34 rue de Seine – Paris 6e<
T.0146340584

Magnin-A
118 boulevard Richard Lenoir – Paris 11e
T. 0143381300

Rédaction & Photos : ©Florence Gopikian Yérémian 

Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 10000 articles et interviews.