Alexander McQueen

Après Raf Simons et Saint Laurent, c’est au tour du styliste Alexander McQueen de se voir consacré au cinéma à travers un très beau documentaire. Si chacun connaît McQueen en tant que fashion designer, peu sont conscients des zones d’ombres de cet enfant terrible de la mode. Avec nostalgie et élégance, ce film rend hommage à un génie déchu et nous révèle à quel point l’art peut naitre de la douleur et engendrer une beauté sublimement macabre.

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Un gamin de l’East End

McQueen a vu le jour en 1969 dans un quartier populaire du sud-est de Londres. Issu de parents modestes, il a fait ses premiers pas chez un maître tailleur de Cork avant de partir pour Milan et de rejoindre le prestigieux Central Saint Martins College.

Remarqué par l’excentrique journaliste de Vogue, Isabella Blow, il fait sensation dès 1995 avec une collection mettant en scène “Le viol de l’Écosse“. Aussi scandaleux qu’inventif, McQueen succède ensuite à Galliano en tant que Directeur Artistique de Givenchy.

Durant cinq ans, il va concevoir les collections haute couture de cette maison et financer en parallèle sa propre marque londonienne avant de céder 51% de son label à Gucci pour cinquante millions de dollars.

Avec près de 14 collections par an, ce créateur indomptable a réussi à révolutionner le monde de la mode non seulement à travers ses œuvres provocatrices mais aussi par le biais des spectaculaires mises en scène lors de ses défilés.

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Il n’y a pas de génie sans travail

Chacun sait que le génie ne se suffit pas à lui-même. Aussi doué fut-il, Alexander McQueen était un travailleur acharné qui savait très bien s’entourer de collaborateurs efficaces et de petites mains. Tout en étant artiste, il avait également la chance de maîtriser le sens du business ce qui est fort rare pour les profils créatifs. 

Néanmoins, par-delà son talent, son air de gosse et son immense succès, ce styliste hors-norme possédait aussi ses zones d’ombres. Violenté dans son jeune âge, autodestructeur et lunatique, il a peu a peu développé une certaine agressivité accompagnée de paranoïa. 

Inconsciemment ou pas, il a projeté ses angoisses existentielles au coeur de son œuvre créatrice ce qui, de toute évidence, lui a insufflé toute sa puissance et son authenticité.

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The Dark Side of McQueen

Lorsque l’on regarde se succéder ses défilés, il est impressionnant de voir à quel point ils sont violents et transgressifs. “The Highland Rape” parle de viol, “Jack l’éventreur traque ses victimes” est conçu comme une scène de crime quant à son show de 2001, il nous entraîne directement dans un asile psychiatrique !

McQueen - Alexander - mode - Fashion - film - bonhote - ettedgui - Kate Moss - Naomi Campbell - génie - moda - SymaNews - Florence YeremianEntre les robes déchirées, les vêtements lacérés et les têtes nouées de bandages médicaux, on perçoit clairement la part macabre de McQueen. Celle-ci est d’ailleurs soulignée par son attrait pour le SM, le latex et le cuir qui sont également très présents dans ses collections. 

Par-delà cette noirceur et ces fantasmes sinistres, McQueen demeure cependant un visionnaire aux créations sublimes. Les dentelles, les plumes, les soieries, les bijoux font aussi partie de ses oeuvres et ont été mis en valeurs dans des shows sublimes. Tout le monde se rappelle encore de Naomi Campbell défilant avec des cornes de béliers, de Kate Moss apparaissant sur le podium sous la forme d’un hologramme, ou des deux robots aspergeant de peinture sa mariée finale. C’était aussi ça Alexander McQueen : un mélange intarissable  de rêve, d’outrance et d’élégance.

The McQueen Tapes

Ian Bonhôte et Peter Ettedgui se sont attachés au côté sombre de McQueen afin de nous faire comprendre la genèse et le sens profond de ses créations.  Leur film s’articule autour de cinq chapitres qu’ils nomment les “McQueen Tapes”. Alternant les archives et les  enregistrements vidéos pris par McQueen lui-même, ils ont réussi à brosser un portrait inédit et émouvant de ce couturier tourmenté.

Mêlant avec évidence sa vie et son œuvre, ils ont interviewé sa sœur Janet, ses compagnons et ses amis. Avec autant d’enthousiasme que de tristesse, ils évoquent tour à tour l’enfance de McQueen, son humour, sa dépression, sa conception du travail, son attrait pour les drogues dures et sa séropositivité. Leur discours n’est jamais pathétique, au contraire, ils semblent tous admiratifs et regrettent amèrement l’absence de cet anarchiste romantique qui a su donner une véritable théâtralité au monde de la mode.

Mc Queen s’est pendu à l’âge de 40 ans… Il n’a pas eu la chance de souffler ses 85 bougies à l’exemple de Lagerfeld qui vient de nous quitter. Malgré leur succès et leur fortune, Karl et Alexander vivaient seuls, l’un accompagné de son chat, l’autre de ses chiens…  Étrange trajectoire que celle des génies !

McQueen ? Un hommage saisissant !

McQueen -PDF SYMA News – Florence Yeremian.

McQueen - Alexander - mode - Fashion - film - bonhote - ettedgui - Kate Moss - Naomi Campbell - génie - moda - SymaNews - Florence YeremianMcQueen

Un film de Ian Bonhôte et Peter Ettedgui

Musique : Michael Nyman !

Royaume-Uni – 2018
111 minutes
Au cinéma le 13 mars

 

Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 10000 articles et interviews.