Tu te souviendras de moi

Édouard est un sympathique prof d’histoire à la retraite. Loin de sa Sorbonne mais toujours proche de ses livres, il abhorre la révolution numérique et déteste « Amstramgram » autant que les tweets…

Son principal problème réside cependant au niveau de sa mémoire, car Edouard est atteint de la maladie d’Alzheimer. Quoi qu’il fasse, ses souvenirs s’effritent au grand dam de son épouse qui ne le supporte plus. Résolue à quitter ce mari « défectueux », elle le confie à sa fille Isabelle qui, à son tour, l’abandonne à Patrick, son petit ami.

Passant de main en main, comme une vieille paire de bottes, le pauvre Édouard finit par atterrir auprès de Bérénice, une jeune fille caractérielle plus habituée à faire du baby sitting qu’à gérer des seniors.

Par-delà leurs différences d’âge et de mentalité, ces deux âmes errantes vont apprendre à s’apprivoiser et parvenir à faire ressurgir de l’ombre le passé d’Edouard…

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Patrick Chesnais interprète avec autant d’élégance que de zénitude, un professeur atteint de la maladie d’Alzheimer.

La zénitude de Patrick Chesnais

C’est à Patrick Chesnais que revient le rôle d’Edouard : l’air penaud et le front plissé, le comédien s’amuse à jouer les vieux cabots désorientés et confère à son personnage une singulière zénitude. Ponctuant sa partition d’un humour infusé, il nous fait sourire et presque rire avec ses trous de mémoire, ses questions redondantes et ses prises de notes répétitives dans son petit carnet.

Par-delà la maladie qui digère le cerveau de son protagoniste, Patrick Chesnais nous montre bien que ce dernier sait encore penser, vivre et réfléchir comme tout être humain. Certes, Edouard divague pas mal et ne reconnaît plus ses proches mais cela ne le rend pas sénile pour autant !

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Qu’il s’agisse de sa fille (Émilie Chesnais) ou de son petit-ami (Frédéric de Goldfiem), personne ne veut s’occuper du vieux barbon…

Une famille déroutée 

Ce n’est apparemment pas l’avis de sa famille qui infantilise Patrick à l’unisson à cause de « son Alzheimer ». Il en va ainsi de sa femme (Nathalie Roussel) qui le voit déjà gâteux, ou de sa fille Isabelle (interprétée de façon un peu décalée par Émilie Chesnais).

Intello et journaliste de métier, cette Isabelle n’a pas le temps d’écouter le disque rayé de son père et songe sérieusement à le placer en maison. À ses côtés, l’acteur Frédéric de Goldfiem joue avec nonchalance le rôle de Patrick, son petit ami : malgré sa cool attitude, l’on voit bien que ce dernier n’a pas plus envie que les autres de s’investir dans la garde quotidienne de son futur beau-père. Personne donc ne veut s’occuper du vieux barbon excepté une gamine à la dérive répondant au doux nom de Bérénice.

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Edouard (Patrick Chesnais) et Bérénice (Fanny Valette) forment un tandem aussi singulier que sympathique.

Fanny Valette : Une actrice lumineuse

Fine, séduisante, la bouche gourmande et les yeux immenses, la comédienne Fanny Valette rayonne littéralement sur la scène du Théâtre de Paris. Interprétant Bérénice avec une sensibilité à fleur de peau, elle parvient à charmer non seulement le vieil Édouard mais toute la salle.

À la fois vive et émotive, Fanny Valette confère, en effet, à son personnage une authenticité qui accentue sa connivence avec Édouard. À travers les face-à-face spontanés de ces deux êtres en souffrance se tisse, contre toute attente, une très belle entente transgénérationnelle. Sondant les zones d’ombres de la mémoire d’Edouard, Berenice va petit à petit le mettre en confiance, le réconcilier avec son siècle et faire ressortir de son passé de bien douloureux secrets de famille…

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La jeune comédienne Fanny Valette illumine toute la pièce grâce à sa fraicheur et son authenticité. Une très belle personne et une actrice à suivre !

Parler d’Alzheimer sans mélodrame

Malgré la gravité de son sujet, la pièce de François Archambault ne nous entraîne dans aucun mélodrame. Mise en scène par Daniel Benoin et Philippe Caroit dans un verdoyant décor de roseaux – ou plutôt de phragmites, comme Edouard aime à le dire – elle jette un regard presque bienveillant sur la maladie d’Alzheimer.

Plus proche de la comédie douce-amère que du drame pathétique, cette histoire fait preuve d’humour, de tendresse et frôle parfois la nostalgie en nous berçant de chansons de Johnny.

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L’épouse du vieil Edouard (interprétée par Nathalie Roussel), ne supporte plus ce mari « défectueux »…

Derrière cette apparente légèreté, l’auteur canadien nous invite cependant à réfléchir sur la meilleure conduite à tenir face à une personne atteinte d’Alzheimer : quel discours avoir si quelqu’un que vous aimez ne vous reconnaît plus ou répète sans cesse la même histoire ? Faut-il faire semblant de ne pas capter ses absences ou bien se décider à lui parler sans filtre ?

Quel que soit votre choix, une chose demeure évidente : le salut de chacun passe par la parole et la communication !

D’où, peut-être, cette critique sous-jacente de François Archambault dont les dialogues n’arrêtent pas de déprécier l’usage des réseaux sociaux et des liens virtuels. Seraient-ils liés au déclin de notre civilisation ? Dans ce cas, pourquoi finir sa pièce en mettant ces nouvelles technologies au service d’Alzheimer ?

Décidément, il y a positivisme chez Archambault ! Et ça fait du bien !

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Tu te souviendras de moi – PDF SYMA News – Florence Yérémian

 

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Une pièce de François Archambault
Adaptation : Philippe Caroit
Mise en scène Daniel Benoin assisté de Alice-Anne Filippi Monroche
Scénographie Jean-Pierre Laporte
Costumes Nathalie Berard-Benoin
Vidéo Paulo Correia
Lumière Daniel Benoin

Avec Patrick Chesnais, Fanny Valette, Émilie Chesnais, Nathalie Roussel, Frederic de Goldfiem

Théâtre de Paris
15, rue Blanche – Paris 9ème
Réservations: 0142800181
www.theatredeparis.com

Jusqu’au 25 novembre 2018
Du mardi au samedi à 21h
Samedi également à 17h
dimanche à 15h

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Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 10000 articles et interviews.