6 juillet 1815 :  Napoléon n’est plus.
Lors d’un souper secret, Talleyrand et Fouché doivent décider de l’avenir de la France. Assis autour d’une belle perdrix et d’un foie gras truffé, le Diable boiteux toise le Chef du gouvernement provisoire : tandis que Talleyrand souhaite réveiller les vieux démons de la Monarchie, Fouché ne rêve que de République. Aussi fourbes qu’opportunistes, ces adversaires de longue date ont deux heures pour pactiser s’il veulent demeurer dans les hautes sphères du pouvoir. Quand nécessité fait loi …

William Mesguich campe un Ministre de la Police sombre et inquisiteur.

Mise en scène et interprétée par Daniel et William Mesguich, cette pièce historique signe le retour sur scène d’un remarquable tandem familial. Après leur saison théâtrale consacrée à Pascal et Descartes, « Mesguich Père & Fils » ont quitté leurs costumes de savants philosophes pour endosser ceux de machiavéliques politiciens. À la fois talentueux et complémentaires, ils donnent aujourd’hui vie à deux hommes d’état diamétralement opposés.

D’un côté, le noble Talleyrand, ministre des affaires étrangères. Bien que boiteux, ce fin diplomate mène la danse vigoureusement perché sur sa jambe de fer. D’un raffinement sans égal, il est poudré et perruqué comme doit l’être tout aristocrate imbu de sa personne. Déambulant en redingote et lavallière, il n’a de cesse de courtiser son hôte pour lui faire prêter allégeance à Louis XVIII. L’oeil fourbe et la bouche mielleuse, il est divinement interprété par Daniel Mesguich qui lui confère son phrasé maniériste, son sourire narquois et son ironie persifleuse.

Dans un registre moins emphatique, William Mesguich prête sa figure blafarde à Fouché. Le visage cerclé de sombres favoris, il a la parole caustique et parcimonieuse. L’oeil fuyant et la voix inquisitrice, cet ancien Ministre de la Police se méfie de son ombre qui dissimule un passé quelque peu tortueux. En effet, à l’exemple de Talleyrand qui a fait fusiller le Duc d’Enghien cousin de Louis XVI, Fouché a lui aussi contribué à la mort du dernier roi… Difficile après celà de prôner une monarchie et d’avoir les bonnes grâces d’un souverain dont on a consciemment exterminé les proches.

Daniel Mesguich prête son raffinement et son ironie persifleuse à Talleyrand.

La joute entre ces deux délateurs est donc cynique à souhait car malgré leur haine réciproque, Talleyrand et Fouché doivent trouver un compromis politique. Quel délice de les voir se défier dans un duel tour à tour courtois et provocateur où l’intérêt personnel prévaut naturellement sur celui de la nation !

Tandis qu’ils devisent et se querellent en dégustant quelques vieux cognacs, ces Faiseurs de Rois transportent les spectateurs à la veille de la Restauration tout en leur faisant savourer un Verbe délicieux. L’art de la conversation propre à cette époque est, en effet, à se pâmer pour qui sait apprécier le beau langage : les réparties sont succulentes, la rhétorique est bien menée quant à l’intonation des deux comédiens, elle efface, l’espace d’une représentation, l’inculture et l’anarchie verbale qui ne cessent d’envahir notre siècle. Dans cette excellente adaptation du Souper, Daniel et William Mesguich font de toute évidence honneur au texte exigent de Jean-Claude Brisville. C’est fin, délicat, cérébral et ça se consomme sans modération à la lueur de délicates bougies s’étiolant au fil de la pièce.

Pour votre information, le Souper est servi chaque soir au Théâtre de Poche. Il ne vous reste plus qu’à venir prendre place

Le Souper
De Jean-Claude Brisville
Mise en scène William et Daniel Mesguich
Avec Daniel Mesguich (Talleyrand) et William Mesguich (Fouché)
Costumes : Dominique Louis
Théâtre de Poche Montparnasse 
75 boulevard du Montparnasse – Paris 6e
Du 6 janvier au 4 mars 2018
Du mardi au samedi à 21h et le dimanche à 15h
Réservations 0145445021
www.theatredepoche-montparnasse.com

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Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 5000 articles et interviews.