L’art de Senyphine est particulier. A la fois sombre et élégant, il plonge les spectateurs dans un univers à mi-chemin entre le conte maléfique et l’atmosphère gothique de Tim Burton. De son vrai nom Sandrine Replat, cette talentueuse illustratrice possède à son actif de nombreux livres jeunesse. A l’occasion de la sortie de son dernier album consacré aux Fantômes et revenants, nous avons voulu en savoir d’avantage sur cette jeune artiste. Rencontre…

Senyphine en dédicace

Florence Yérémian : D’où vient votre nom d’artiste, « Senyphine » ?
Senyphine : C’est une invention sortie de l’imagination de mon mari. Quand j’ai commencé à publier mes dessins sur internet, mon vrai nom ne reflétait pas ce que je voulais transmettre alors j’ai pris ce pseudonyme qui évoquait un univers onirique. C’est aussi pour cela qu’il n’y a pas d’accent à Senyphine.

Quel est votre parcours ?
En ce qui concerne l’illustration, je dessine depuis l’enfance et suis autodidacte. Par la suite, j’ai fait l’École Supérieure des Arts Graphiques & Numériques (SUPCREA) de Grenoble. J’y ai acquis des techniques numériques qui ont progressivement complété mes dessins traditionnels au crayon.

Quelles sont les avantages du numérique pour un dessinateur ?
Personnellement, j’aime toujours griffonner sur mes carnets pour trouver des personnages et des ambiances. J’ai l’habitude de faire mes croquis au crayon graphite, d’encrer mes dessins à l’encre de chine, au brou de noix et au feutre Micron. Quand j’ai du temps, je fais la colorisation à l’aquarelle mais lorsque je dois respecter des délais de commande je passe à la colorisation sous Photoshop avec une tablette graphique. Outre le gain de temps, cette technique permet de tester plusieurs directions pour un dessin et de proposer au commanditaire des dizaines de versions différentes. L’inconvénient, c’est qu’il y a moins de plaisir au niveau de la matière (papier, texture, peinture…)

L’une des illustrations du roman graphique « Amarante » publié aux Editions Chiroptères

Pour quels supports travaillez-vous ?
Aujourd’hui, je travaille principalement pour l’édition jeunesse. En France, je collabore avec Le Héron d’Argent et aux Etats-Unis, j’illustre les ouvrages Spots de Nicoline Evans. Celà ne m’empêche pas de créer régulièrement des affiches ainsi que des décors de théâtre comme celui que j’ai réalisé pour la pièce Misérables de William Mesguich (https://www.symanews.com/2017/11/16/miserables-victor-hugo-mis-en-musique-pour-les-enfants/). On me contacte aussi régulièrement pour concevoir des pochettes d’album, des motifs de tatouages et des commandes privées comme des portraits de familles.

The Raven (gauche) et Zéphirine (droite).

Pouvez-vous décrire deux de vos œuvres caractérisant le « style Senyphine » ?
The Raven : J’aime son ambiance gothique et vaporeuse avec des couleurs désaturées. Elle correspond à mes débuts dans l’illustration.
Zéphirine : Cette image est la première d’une série de portraits « Concept Art » inspirés de l’univers Manga. Elle marque une étape vers un style plus numérique.

Ou puisez-vous votre inspiration ?
Partout ! Dans les livres (Poe, Lovecraft, Verne), les films d’animation (Burton, Jeunet, Miyazaki, Disney Pixar), le street-art, le tatouage, la mode et la peinture. J’apprécie particulièrement De Vinci, Doré, Rembrandt, Dali, Van Gogh et Turner car leurs toiles nous invitent à une observation sur le travail de la lumière, du mouvement ou des couleurs. La musique fait également partie de mon inspiration car elle influe sur l’ambiance de mes illustrations.

Un artiste favori ?
Ah, difficile de n’en citer qu’un… Celui qui m’a inspiré directement, c’est Tim Burton. Son style graphique et son univers décalé délivre toujours un discours intelligent qui questionne notre conformisme. Je vais mentionner Miyazaki aussi, car j’aime l’atmosphère poétique et la créativité de ses films d’animations.

Un illustrateur contemporain que vous admirez ?
Là aussi, difficile de choisir… Je dirais Benjamin Lacombe. Pas seulement pour son dessin et ses ambiances, mais également pour sa recherche graphique et l’originalité de ses mises en page.

L’une des très belles illustrations de Senyphine pour le livre Blue Spots de l’américaine Nicoline Evans.

Parlez-nous de votre dernier ouvrage, L’encyclopédie des revenants et des non-morts
Il s’agit d’une commande la part des Editions Le Héron d’Argent dont la thématique est très proche de mon univers personnel. J’ai la chance d’avoir un éditeur qui me fait confiance et qui ne me contraint pas trop dans mon travail. Il m’a juste demandé d’avoir un style plus « jeunesse » en interprétant les textes de Vanessa Callico et Lionel Behra. Leur livre parle de légendes anciennes et de toutes sortes de créatures mythologiques comme les Vampires, les morts-vivants ou les Dames Blanches.

Combien de temps nécessite l’illustration d’un tel ouvrage ?
Il faut compter environ un an pour boucler un tel livre. Il y a un très gros travail de recherche pour créer des personnages fantastiques. Je me suis basée sur le texte, bien évidemment mais je ne connaissais pas toutes les créatures fantastiques et les lieux mentionnés. Par ailleurs, certaines illustrations au style « épique » nécessitent vraiment beaucoup de temps.

Trois des derniers ouvrages illustrés par Senyphine : un trait aussi élégant que maléfique

Quels sont vos projets ?
Je travaille sur le 3e tome de Nicoline Evans : Purple Spots. Il s’agit d’un livre jeunesse qui traite d’un sujet très en vogue aux Etats-Unis : la tolérance envers les autres. Je vais aussi réaliser une série de couvertures steampunk pour les livres de Lana Axe, The Clockwork Calico. Ensuite, j’enchainerai avec L’Encyclopédie des Dragons aux éditions le Héron d’Argent écrite par Geoffrey Legrand et Guillaume Sangay.

Alors vous croyez non seulement aux fantômes mais aussi aux dragons ?
Bonne question ! En fait, j’ai toujours aimé les légendes et autres histoires de sorcières alors oui j’y crois d’une manière poétique et inspirante 🙂

Pour découvrir le travail de Senyphine : http://www.senyphine.com/2013/index.php/fr/
Vous pouvez également la contacter pour des projets graphiques: contact@senyphine.com.

Encyclopédie des revenants et des non-morts
Ce bel ouvrage dresse la liste de toutes les créatures revenues (ou pas…) de l’Au-delà. Entre une description de la Dame Blanche et un conte sur les stryges, il touche du doigt les mythologies slaves, celtiques ou saxonnes et nous transporte dans des lieux hantés comme la Tour de Londres ou la Citadelle de Poenari. Au fil des pages, l’on découvre avec intérêt l’origine de toutes ces légendes ancestrales et les multiples pouvoirs de ces démons. Portés par un texte très détaillé et une illustration fantasmagorique l’on finit par se demander si tout celà n’est vraiment que superstitions…

Encyclopédie des revenants et des non-morts
Auteurs: Lionel Behra & Vanessa Callico
Illustratrice : Senyphine
Éditions Le Héron d’Argent – 2017

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Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 10000 articles et interviews.