Ils n’ont pas remporté « The Voice ». Pour autant, Arlsane, Antoine Délie et Césaront gagné de la visibilité tout en peaufinant leur art.Des talents membre de cette grande famille continuant de faire entendre leur voix, chacun dans leur style avec une émotion commune. Dossier.
Arslane – « Si tu m’aimes »
Révélateur de talents, « The Voice » est aussi un lieu de rencontres humaines et artistiques. C’est le cas d’Amel Bent qui a tissé un véritable lien d’amitié avec Arslanemembre de sa team en 2023. Jusqu’à le faire monter sur la scène du Zénith de Paris en première partie de ses adieux au « Vivante Tour ». Mais ce n’est pas tout puisque depuis, c’est avec joie que l’interprète de « Triste » lui a prêté sa plume pour l’écriture de son tout premier single, main dans la main avec un autre auteur prestigieux : Slimane. Deux artistes qui ont mis de leurs émotions et univers dans « Si tu m’aimes ». Une chanson palpitant autour du don de soi face à l’être aimé. Un hymne à l’amour murmuré telle une prière mettant en lumière les forces et fragilités d’une passion. « On peut douter de tout ici, et puis se demander pourquoi, et si j’avais plusieurs vies, j’veux les vivre avec toi. Je risquerai ma vie, je quitterai mon pays, je n’aurais peur de rien, si tu m’aimes… » déclare-t-il de son timbre à la fois doux et écorché en fusion avec des sonorités pop. Une déclaration vibrante toute en douceur et profondeur célébrant son union avec son public. Un talent plus jamais« Seul » qui devrait donner naissance à son premier EP cet automne.
Antoine Délie – « Couleurs »
Antoine Délie a lui déjà fait le grand saut avec un premier album. Un « Peter Pan » continuant quatre ans plus tard à rêver sa vie en « Couleurs ». « Toutes mes douleurs sont des couleurs, J’en ai partout dans le coeur, Profondes ou superficielles, Moi j’en fais mon arc en ciel, Toutes mes douleurs sont des couleurs, Un caméléon qui pleure, Sur des fleurs artificielles, Moi j’en fais des aquarelles » peint-il sur ce nouveau single vitaminé. Un hit recouvrant avec sensibilité ses douleurs et zones d’ombres d’une palette lumineuse et gai. Faisant résonner au passage haut et fort son appartenance et engagement envers la communauté LGBTQIA+. Un hymne à la résilience et l’acceptation de soi à l’image de cette personnalité haute en couleurs contrasté entre excentricité et sincérité. Un ex finaliste de « The Voice » saison 9, reprenant son envol tel un papillon libre aux teintes vives et solaires qui a éclos entrechanson française et glam rock flamboyant.
César – « Coeur Vagabond »
« C’est pas la fin c’est que le début… » légendait César Varadero sur ses réseaux sociaux tout juste éliminé en demi-finale de la dernière saison « The Voice ». Un talent de retour à peine un mois plus tard avec le « Coeur Vagabond » battant au rythme de notes de piano et paroles des plus vibrantes. « J’ai le coeur qui vagabonde, écorché, comment faire, J’irai au-delà du monde pour leur montrer c’que j’sais faire, A des kilomètres à la ronde, abîmé, comment faire, Décrocher les étoiles du monde pour les offrir à ma mère » scande-t-il de son timbre éraillé avec sincérité. Un artiste émergent en quête de sens, bien décidé à tracer sa propre route avec dans son bagage sa force face aux épreuves de la vie et soif de liberté. Un ex talent piloté par Florent Pagny, qui poursuivra son voyage dans la capitale le 25 juin prochain le temps d’un concert au Café de la danse. Avant de repartir vers un EP ou album sur lesquels il n’a pour l’heure pas communiqué.
Featuring de choc en vue. Impatients de retrouver tous leurs camarades de la Sexion D’Assaut, Black M et Gims scellent pour l’heure des grandes retrouvailles à deux flow. Des amis de longue date réunis pour la première fois en featuring sur « Cesar ». Une collaboration surprise pour un hit explosif et dansant.
Un cocktail détonnant
Non Black M et Gims ne sont pas en guerre. Contrairement à ce qu’avait volontairement laissé entendre l’interprète de « Sur ma route » il y a peu sur ses réseaux sociaux, tout va même pour le mieux entre eux. Des compagnons de route mettant un terme définitif à toute trace de rumeur à ce sujet, en s’associant sur le hit « Cesar ». Deux têtes d’affiche de Sexion D’Assaut sortant l’artillerie lourde pour ambiancer les foules. Des faiseurs de tubes jamais bien loin l’un de l’autre malgré leur carrière respective, réunis pour la première fois en duo. Une idée de longue date, enfin calée au sein de leurs emplois du temps bien chargés. Frappant comme à leur habitude là où on ne les attend pas. Se frottant ce coup-ci à une version totalement revisitée du célèbre chant pour enfants« Savez-vous planter les choux ? ». « Savez-vous bouger le cou, à la mode de chez nous » lance l’interprète de « Mon beau frère » avec beaucoup de sérieux très vite rejoint par son éternel complice. Laissant filer derrière une rythmique entêtante et des sonorités afro. Un remix, pas si surprenant que ça, et même de plus en plus familier dans la musique urbaine. Une tendance déjà adoptée il y a peu par le rappeur Naza qui détournait plusieurs comptines au sein de son hit « Souris verte ». Un mélange des genres efficace qui rentre en tête dés la première écoute. Même effet à l’écoute du refrain accrocheur de « Cesar », faisant référence aux origines africaines des deux acolytes. Une culture au coeur du clip, mettant à l’honneur des jeunes danseurs au cours d’un défilé de mode animé. Mêlant déhanchés et tenues traditionnelles pour un moment pleinement festif.
L’actualité de Black M et Gims
Avec la sortie de « Cesar », Black M passe à la vitesse supérieure. Un artiste revenu il y a seulement quelques semaines avec le hit « Black Shady Pt 4 » en réponse à ses détracteurs. Poursuivant son règlement de compte au sein de l’explosif « à la base » confirmant le ton de son prochain EP « Alpha Part 1 » pour l’heure attendu en mars prochain. Un mini-album qui comptera dans sa setlist aussi le dernier single arrivant «Cesar ».
De son côté, Gims poursuit l’exploitation de son quatrième album « Le Fléau » sorti en décembre dernier.
Un tandem, qui compte bien rester sur le même chemin en compagnie de la Sexion d’Assaut au grand complet. Un groupe dont le public surveille attentivement l’arrivée de nouvelles créations. Une joyeuse bande croisant les doigts pour que le contexte sanitaire ne face pas tomber à l’eau leur tournée d’exception « Le retour des rois » qui devrait démarré le 1er juillet prochain.
Britannicus raconte l’accession au trône de Néron et la prise de conscience progressive de son pouvoir. Placé à la tête de Rome grâce à sa mère Agrippine, ce jeune empereur demeure partagé entre ses conseillers, son devoir filial et ses propres ambitions. S’extirpant peu à peu de ce joug, Néron va se débarrasser avec malice de ses opposants et laisser paraître au grand jour son visage tyrannique…
Écrite par Racine au XVIIe siècle, cette tragédie est l’une des plus belles du répertoire classique. Son verbe, son analyse psychologique et son intrigue en font, en effet, un joyau indémodable de notre patrimoine littéraire.
Une pièce politique
Jouée depuis toujours à la Comédie Française, elle revient aujourd’hui sous la direction de Stéphane Braunschweig, le directeur de l’Odéon – Théâtre de l’Europe.
Séduit par les conspirations et les enjeux de pouvoir deBritannicus, Stephane Braunschweig a choisi de se concentrer particulièrement sur l’aspect politique de ce texte.
Fidèle à la virgule près aux alexandrins de Racine, il a orienté ses acteurs vers un jeu sobre mais puissant mettant en avant les complots et les manipulations propres à tout gouvernement.
La Rome antique transposée au XXIe siècle
Laissant de côté les toges romaines et les colonnades,il a transformé ses comédiens en ministres et politiciens contemporains vêtus de costumes sombres très « corporate ».
Coté décor, Stéphane Braunschweiga opté pour un fond noir ponctué de portes dérobées et de fenêtresimmenses. Au milieu de la scène, une longue table de réunion s’impose entourée de douze chaises apostoliques.
Grâce à cette ambiance digne de la Maison Blanche, la Rome antique est transposée de nos jours et permet à Stephane Braunschweig de montrer au public à quel point les vers raciniens demeurent plus que jamais d’actualité.
Un Néron étonnamment sage…
Laurent Stocker incarne un empereur étonnamment froid et placide
C’est à Laurent Stocker que revient le rôle de Néron. Pas encore tyrannique mais déjà stratège, il maîtrise sournoisement le mensonge et possède un calme inquiétant. La démarche silencieuse et l’oeil perfide, le comédien incarne avec un certain détachement le double jeu de cet empereur: tandis qu’il impose sa loi auprès de ses sujets, Néron n’ose pas affronter le regard de sa propre mère ! Ses entretiens avec Agrippine sont d’ailleurs assez cocasses car il s’y comporte presque comme un enfant ! Étrange image que reflète cette interprétation lorsque l’on sait à quel point cet être fut par la suite un souverain fou et cruel. Pourtant, nulle trace de sadisme ou de décadence dans l’approche de Laurent Stocker, juste une haine timide envers ses semblables et une lâcheté évidente face à la figure dominatrice de la reine. Il est vrai que le jeune Néron vient tout juste d’accéder au trône et que son règne ne fait que commencer mais on le trouve un peu trop sage voire réservé pour un tyran en gestation.
Dominique Blanc en mère dominatrice
Dominique Blanc confère à la régente une superbe modernité
Face à ce jeune coq, Agrippine déploie ses serres de mère oppressive. Interprétée superbement par Dominique Blanc, cette veuve romaine possède une modernité étonnante : à la fois instruite et ambitieuse, elle a tout fait pour placer son fils sur le trône mais souhaite plus que tout conserver sa propre place dans l’arène politique.
Vêtue d’une chemise blanche et d’un tailleur pantalon, cette Agrippine des temps modernes nous fait résolument songer à une business woman ! Vive, insistante et hautaine, elle possède autant d’aisance publique que de malice et s’irrite de voir décliner son hégémonie. La bouche petite et persuasive, Dominique Blanc manipule en douceur ses ennemis, tente d’amadouer son fils et jalouse intérieurement la passion soudaine qu’éprouve Néron pour la fiancée de Britannicus. La diction précieuse et pourtant pleine de décontraction, cette magnifique actrice nous offre le portrait d’une régente forte et exclusive qui nous parait pourtant accessible.
Britannicus et Junie : victimes de leur bonté
Britannicus (Stéphane Varupenne)
Bien qu’il prête son nom à l’oeuvre de Racine, Britannicus est la principale victime de cette tragédie. Prétendant au trône de Rome,il s’est lâchement fait écarter par Néron qui n’hésite pas à lui voler Junie, sa fiancée !
Le cheveu blond et le corps athlétique, Stéphane Varupenne incarne Britannicus avec une naïveté intentionnelle. Beau et vulnérable, ce jeune prince manque un peu de caractère pour un fils d’empereur mais il possède tous les traits d’un cœur pur.
Junie (Georgia Scalliet)
À ses côtés, la svelte Georgia Scalliet interprète Junie, sa douce maîtresse. Les pieds nus et le corps enveloppé dans un vieux peignoir, elle ressemble à une souillon totalement égarée. L’air apathique et la voix fluette, elle déclame ses répliques avec un excès de peur qui lui retire, hélas, toute crédulité. Certes la jeune captive à été enlevée de nuit par Néron sans comprendre pourquoi mais elle n’en demeure pas moins une descendante d’Auguste ! Où est donc passée sa noblesse ? Et qu’en est-il de son orgueil ou de sa grâce impériale ? Pourquoi Georgia Scalliet qui était si caractérielle dans L’Odeur de la Mandarine est-elle réduite à une amante aussi fébrile ? Junie est pourtant l’un des personnages les plus lucides de cette histoire !
Benjamin Lavernhe, superbe Narcisse
Autour de ces têtes couronnées ou déchues orbitent les figures des trois conseillers : épaulant Agrippine, la comédienne Clotilde de Bayser nous livre une Albine digne et sobre. Soutenant Néron, l’acteur Hervé Pierre s’approprie, quant à lui, le profil de Burrhus, et confère à ce brave gouverneur un zèle un peu perturbé.
Agrippine (Dominique Blanc) entourée de Burrhus (Pierre Hervé) et de sa confidente Albine (Clotilde de Bayser)
Vient enfin le rôle de Narcisse interprété avec une aisance fabuleuse par Benjamin Lavernhe. La stature fine et l’oeil hypocrite, ce comédien compose un homme de l’ombre subtilement machiavélique ! Trahissant Britannicus pour le compte de l’empereur, il a la langue bilieuse, le geste souple et possède une assurance qui convainc non seulement Néron mais tous les spectateurs. Empoisonneur, traître et menteur, il insuffle au personnage de Narcisse une très belle éloquence scénique y compris dans ses alexandrins qu’il déclame avec une liberté de ton s’affranchissant du carcan racinien..
Benjamin Lavernhe insuffle au personnage de Narcisse une très belle éloquence
Grâce à la mise en scène dépouillée de Stéphane Braunschweig et aux jeux perfectionnistes de ces acteurs, l’échiquier politique de Racine est ici présenté dans toute sa grandeur. Balloté entre l’ambition d’une mère, la perfidie d’un ministre, la naïveté d’un prince et les manipulations d’un jeune empereur, l’on ressort de la Comédie Française l’oreille bourdonnante de ces 1768 alexandrins et l’esprit rassasié d’intrigues.
Britannicus De Jean Racine
Mise en scène de Stéphane Braunschweig Avec : Laurent Stocker (Néron) Dominique Blanc (Agrippine) Benjamin Lavernhe (Narcisse) Stéphane Varupenne (Britannicus) Georgia Scalliet (Junie) Hervé Pierre (Burrhus) Clotilde de Bayser (Albine) Matthieu Astre (Garde) Marceau Deschamps-Segura (Garde) Alexandre Schorderet (Garde)
Costumes : Thibault Vancraenenbroeck Lumières : Marion Hewlett Son : Xavier Jacquot Maquillages : Karine Guillem Collaboration artistique : Anne-Françoise Benhamou Collaboration à la scénographie : Alexandre de Dardel Assistanat à la mise en scène : Laurence Kélépikis
Abonné aux échecs et aux petits projets depuis le décevant Neptunia Sisters vs Sisters, Compile Heart devait tenter quelque chose pour sortir de cette...