Il n’y a jamais eu autant d’urgence à vivre pleinement, savourer l’instant et à aimer plus encore. Chose que Vianney a bien compris en intitulant son troisième album «N’attendons pas ». Un titre symbolique, de circonstance aussi à l’heure du reconfinement pour un disque qui fait du bien à l’esprit. Chronique musicale d’un opus intime et authentique, riche en vertus bénéfiques.

Vianney - N'attendons pas

Un joyeux messager

Si certains ont préféré décaler leurs projets culturels en cette nouvelle période de confinement, Vianney lui n’a rien changé à ses plans pour le plus grand plaisir du public. Un chanteur de retour avec l’album « N’attendons pas » qu’il a mis près de deux ans à créer. Le temps d’une pause, loin de la sphère médiatique et des réseaux sociaux, comme pour mieux s’enfermer dans sa bulle artistique. Un projet qui arrive à point nommer pour mettre un peu de baume au coeur à ceux qui le savoureront attentivement. Car oui, ce troisième opus murement réfléchi, mérite qu’on l’écoute avec soin, en prenant le temps de décrypter les messages qui s’y cachent.
À l’image du lead-single du même nom qui derrière son univers léger et ensoleillé abrite un précieux conseil sur l’existence : celui d’exister plutôt que subir. Une ode à la vie pleine d’espoir dont l’ambiance se détache largement des autres chansons qui sont pour la majorité des ballades douces et épurées à quelques exceptions près. La preuve avec « Mode » et son refrain rythmé et entêtant. À coups de jeux de guitare frénétiques, Vianney donnent son point de vue sur la génération actuelle. Un jeune ordinaire qui se contente de plaisirs simples, loin de ceux qui se laissent submerger par la moindre tendance. Un clin d’oeil aussi aux études de couture qu’il a suivi avant de se lancer dans la musique. Une passion qu’il a conservé malgré tout.
Un chanteur qui avait promis de revenir parce qu’il avait « des choses à dire » et qui le prouve avec le hit « Les imbéciles » au cours duquel il y déplore le fonctionnement de certains jeunes de son âge. Quelques minutes de réflexion d’un être qui loin de s’avouer parfait, s’en excuse même au sein du doux « Pardonnez-moi », mais qui malgré tout a au moins le mérite d’oser avancer à contre-courant.
Un être décalé, singulier et bel et bien vivant qui semble s’épanouir aussi bien dans sa vie que son art. S’accordant le droit de faire de la musique sans porter au dessus de sa tête le poids de la pression de plaire au plus grand nombre. En témoigne l’audacieux «Funambule » une instrumentale intégrale, mais pas moins percutante.

Vianney - N'attendons pas

Une douce thérapie

Sans surprise, « N’attendons pas » demeure du Vianney tout craché. Construit à base de jeux de mots élégants, astucieux et de sonorités épurées. Un auteur-compositeur qui une fois de plus laisse parler sa plume aiguisée, n’hésitant pas à s’aventurer sur la corde sensible. Proposant un troisième opus où il a préféré ne pas être trop gourmand avec 11 titres simples et efficaces, alternant joie et mélancolie. Une galette symbolique, bien plus personnelle où il s’autorise à franchir un nouveau cap : celui de se dévoiler d’avantage. Une thérapie musicale au cours de laquelle l’artiste exorcise son passé, relativise et analyse son présent avec subtilité et pudeur. Tirant un bilan tantôt nostalgique tantôt optimiste. Parler de lui se livrer oui, mais toujours dans le but de parler aussi aux autres, et de fédérer avec des chansons concernantes où tout le monde peut se reconnaître. Et ça commence dés la première piste avec « Merci pour ça » une ballade acoustique sur la richesse humaine. Un message du coeur inspiré de l’amitié liant le chanteur à Karim, un sans domicile fixe rencontré il y a plusieurs années. Une rencontre qui lui a ouvert les yeux et a totalement enrichi son vécu. « Les gens qu’on n’regarde pas, Sont des trésors oubliés » débute-t-il invitant chacun à ne pas détourner son chemin face à ces êtres trop souvent mis de côté.
Un jeune homme qui a muri, évolué aussi. Et quoi de mieux pour prouver son développement personnel que l’hommage percutant de ce « Beau papa » à sa belle fille. Un rôle impromptu où il semble s’épanouir, lui qui à l’époque de son second opus s’y projetait sans le savoir au sein du titre « Quand je serai père ». Une petite complainte poignante et intime derrière laquelle se cache aussi une ode aux liens familiaux. « Y a pas que les gênes qui font les familles, Des humains qui s’aiment suffisent » assure-t-il. Un beau discours intemporel, pouvant toucher toutes les formes de familles.
Rendant un hommage aussi avec tendresse et romantisme à « La fille du Sud » qui a boulversé son coeur, mais aussi plus largement à toutes les femmes méditerranéennes.
Puisant plus profondément encore dans ses sentiments exposés subtilement dans le délicat et harmonieux « Pour de vrai ». « J’ris pas, On peut voir le monde en tout petit, moi j’t’aimerai toute la vie » murmure-t-il sur fond de sonorités organiques et authentiques.
Un grand optimiste qui veut croire en la beauté de l’échec, défendant le fait que rien n’arrive sans raison à travers le délicat et harmonieux « J’ai essayé ».
Puisant sa force aussi dans des épreuves éprouvantes comme la disparition de son grand-père à qui il s’adresse dans le poignant « Tout nu dans la neige ». Un modèle à qui il est reconnaissant de lui avoir transmis le goût de l’effort, mais aussi l’humilité et la discrétion qui font de lui cet artiste simple et vrai. Une ballade nostalgique mais surtout multigénérationnelle, refermant ce livre riche en tendresse et émotions.

En bref, promesse tenue pour « N’attendons pas » qui s’avère être une véritable bouffée d’air frais. Un projet authentique et rassurant, construit avec intelligence et profondeur.

Coups de coeur : Merci pour ça / Mode / Beau-papa

DROUIN ALICIA