La peur est un des sentiments qui a fait la gloire du cinéma dans son histoire, et les japonais ont maintes fois prouvé qu’ils maîtrisent ce sujet que ce soit en film (Ring) ou plus récemment en jeu vidéo avec Death Mark et Resident Evil (dont le deuxième épisode revient en ce moment à travers un remake ambitieux). Le festival du cinéma japonais contemporain Kinotayo ne pouvait pas faire l’impasse. Il nous présente notamment un excellent thriller : Yurigokoro.

Une sélection variée pour un festival en pleine expansion

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Peu connu, le festival Kinotayo est pourtant présent dans toute la France

Créé en 2005 pour promouvoir le cinéma de l’archipel sous toutes ses formes, le festival a acquis assez de moyens pour projeter non seulement à Paris mais aussi en région comme à Saint-Malo, Lyon, Strasbourg ou Pau. Aidé cette année par Japonismes 2018, le Kinotayo poursuit sa croissance et se fait un devoir de proposer une sélection encore meilleure que l’édition précédente. En 2018/2019, le maître-mot est « variété » : le festival a tenu a explorer un grand nombre de genres afin de mieux exprimer la richesse du cinéma nippon. Du modeste film de zombies à la grande épopée historique, le choix est effectivement très bon. Yurigokoro, thriller psychologique et sanglant, vient donc apporter une touche d’effroi à la sélection de cette année.

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Toori Matsuzaka est formidable dans le rôle du jeune homme tourmenté

Héros du film, Ryôsuke est pourtant un homme heureux. Propriétaire d’un gîte ravissant, il annonce à son père son intention de se marier avec Chie, l’élue de son coeur qui l’a tant aidée dans son entreprise. Mais le bonheur de Ryôsuke s’effondre quand Chie disparaît un matin sans laisser de trace. Abattu, le jeune cuisinier erre chez son père l’âme vide, lorsqu’il découvre un cahier manuscrit titré « Yurigokoro ».

Peur et suspense omniprésents

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Mitsuko dans son jeune âge donne froid dans le dos

Le contenu raconte la vie d’une tueuse, une certaine Mitsuko. C’est là que la structure du film est très intéressante, car il raconte deux histoires en parallèle : Ryôsuke retourne à plusieurs reprises dans le bureau de son père pour suivre les sombres chroniques de Mitsuko. Le parcours atroce de Mitsuko est juxtaposé à la vie toujours champêtre de Ryôsuke, dans une opposition de style qui ne laisse pas indifférent. Les sons sont également très bien utilisés, notamment pour marquer l’évolution psychologique de Ryôsuke. Le jeune homme est malgré lui influencé par sa lecture macabre.

Le concept même de Yurigokoro, comme sentiment fondamental libérant l’âme, est un aspect fascinant avec tout ce que cela implique dans le cas où il s’agit du plaisir de tuer. Le film repose avec une certaine malice la question de la prédestination de l’esprit humain.

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Par sa violence explicite, Yurigokoro n’est pas pour tous les publics

Yurigokoro ne fait pas donc dans la demi-mesure en termes d’effroi. Le film explore le désir de tuer par des scènes absolument glaçantes : meurtre de sang froid, viol, auto-mutilation… Rien n’est épargné. La violence est extrêmement crue et les agonies soulèvent l’estomac. La caméra fait un excellent travail pour appuyer l’aspect sanglant par ses plans et ses mouvements. Yuriko Yoshitaka et Kaya Kiyohara, qui incarnent Mitsuko  au fil des différentes étapes de la vie du personnage, sont faites pour le rôle principal : leur regard impassible les rend très convaincantes en esprit cruel et dérangé. Le rythme est volontairement très lent pour laisser le maximum de place au suspense, et grandir encore l’impact du moment fatal. Mission indubitablement réussie, le spectateur est totalement happé à chaque scène.

Des rebondissements qui donnent des frissons

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Yurigokoro est aussi brillant dans la romance que dans le suspense

Une tueuse peut-elle être amoureuse? Un amoureux peut-il devenir un tueur? Naoto Kumazawa pose clairement la question dans son film à travers l’évolution de Mitsuko. Celle-ci finit par trouver le bonheur, mais peut-il être pérenne? Le film renouvelle alors complètement son intérêt et son message dans une cascade de révélations, symbole d’un scénario d’une redoutable efficacité. L’étau qui se resserre autour de Mitsuko apporte une deuxième vague de suspense aussi redoutable que la première. Il y a une fatalité et un tragique presque Cornélien dans l’engrenage et finalement la déchéance du couple mis en scène. En tout état de cause, l’appréhension du public dure jusqu’au bout, ce qui est bien la preuve de sa réussite.

Passionnant, fascinant même, de bout en bout, Yurigokoro est une aventure intrigante qui allie scénario complexe, rebondissements haletants, réalisation marquante et jeu d’acteur saisissant. Violent, explicite mais aussi émouvant, c’est une vraie cascade d’émotions pour le spectateur.

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Réalisateur : Naoto Kumazawa
Principaux acteurs : Yuriko Yoshitaka, Toori Matsuzaka, Kenichi Matsuyama
Sortie Japon : 23 septembre 2017
Genre : Thriller

 

Prochaines projections :

1 février 2019, 20h au Méliès à Pau
8 février 2019, 18h15 au Club de l’Etoile à Paris
9 février 2019, 18h30 à Lumière Bellecour à Lyon

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Thomas Froehlicher est chroniqueur Japon & Gaming. Rédacteur pour plusieurs sites spécialisés dans le jeu vidéo, il intervient sur l'actualité vidéo-ludique depuis trois ans. Sa passion pour la culture japonaise, aussi bien classique que moderne, l'a poussé à en étudier la langue en parallèle de sa majeure en finance, puis à effectuer un semestre d'échange universitaire à Sophia University à Tokyo. Il est titulaire du Japanese Language Proficiency Test niveau 1 depuis 2012, et depuis ne jure que par les versions originales en japonais.