Un film d’animation sur l’enfance et la parenté

La plupart des dessins animés sont conçus pour les enfants, mais certaines oeuvres sont parfois pensées pour les parents. Avec Mirai, ma Petite Soeur, Mamoru Hosoda, un des grands de l’animation japonaise (La Traversée du Temps – Summer Wars), veut non seulement aborder le thème de l’enfance, mais aussi celui de la parenté : de quoi émerveiller et émouvoir toutes les générations !

Mirai mamoru hosoda cinema animation japonaise enfance Japon
Le film est très axé sur les frustrations de l’enfance

Le héros du film est Kun, un petit garçon turbulent et un peu désordonné qui adore les trains. Mais son enfance idéale s’effondre le jour où apparaît sa petite sœur Mirai. Tout juste né, le nourrisson monopolise l’attention de ses parents et Kun se sent délaissé. Aussi vexé que triste, il fait un crise d’adolescence bien avant l’heure en devenant encore plus effronté et rebelle.

Quand la magie s’en mêle…

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Mirai « grande sœur » est un personnage hélas sous-exploité

C’est là que le surnaturel s’invite dans le film de Hosoda : la cour intérieure de la maison de Kun renferme en effet une sorte de pouvoir magique qui permet de traverser l’espace et le temps. A sa grande surprise, Kun va y rencontrer Mirai adolescente, venue tout droit du futur ! Pour ceux qui connaissent un peu le japonais, la sémantique est assez adroite, puisque mirai signifie « avenir ». Le titre original du film est d’ailleurs 未来のミライ (mirai no mirai) qui veut dire littéralement « Mirai du futur ». Une jolie subtilité que la traduction française n’a hélas pas pu retranscrire.

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Mirai est comme un guide pour Kun

Malgré son prénom repris par le titre du film, Mirai a paradoxalement un rôle assez secondaire et c’est fort dommage. Peu présente au final, cette protagoniste sert seulement de guide vis-à-vis de Kun, alors qu’elle pourrait également tenir le rôle d’une grande sœur. Néanmoins, Mirai est un personnage assez drôle puisqu’en tant que paradoxe temporel, elle ne doit surtout pas être vue dans le passé de Kun. Cela donne lieu à des scènes d’infiltration assez amusantes dans le salon familial.

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Les voyages dans le temps sont très formateurs pour Kun

Au fil de l’histoire, le jeune Kun rencontre en revanche plusieurs autres membres de sa famille à travers le temps. C’est là que le film devient très intéressant car en observant ses parents et grand-parents dans leur jeunesse, Kun réfléchit à sa propre conduite et modifie sa relation avec les autres.

Par delà l’aspect ludique du film et son graphisme enchanteur, Mirai comporte un véritable message sur la filiation et l’éducation. Mamoru Hosoda nous fait réfléchir à la nature même de l’adulte et à celle de l’enfant. Impossible pour le spectateur de vivre cette histoire sans replonger dans sa propre enfance!

En poussant un peu plus loin l’analyse, on peut aussi voir un message sociétal dans cette oeuvre : le papa de Kun se retrouve père au foyer et doit s’occuper de son fils et de Mirai, avec toutes les amusantes péripéties que celà implique. Ce type de comportement est à contre-courant de la société japonaise pour laquelle il est impensable de voir une mère partir en voyage d’affaires en laissant son mari s’occuper du foyer ! Mamoru Hosoda lancerait-il un appel pour que les choses évoluent enfin en matière de parité homme-femme au sein de l’archipel ?

Un film d’une beauté graphique appréciable

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Les paysages japonais sont splendides

Par delà ses messages et ses aventures, Mirai, ma Petite Sœur nous invite également à un voyage graphique d’une grande beauté. Le dessin et l’animation à l’ancienne produisent un résultat aussi apaisant qu’enchanteur. On retrouve assez nettement l’esprit de Miyazaki dans les décors soit traditionnels, soit fantastiques. La représentation du Japon historique rappelle énormément ce que l’on a pu voir chez son confrère dans La Colline aux Coquelicots ou Le Vent se Lève. Comprenez par là que les paysages de carte postale sont aussi beaux. Le scène de la gare et son train « fantôme » nous fait irrémédiablement penser au Voyage de Chihiro, et elle illustre la peur infantile de la solitude d’une façon mémorable. Sur bien des aspects, le long-métrage de Mamoru Hosada emprunte à bon escient le travail de Miyazaki.

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Malgré de bonnes idées, la fin laisse un petit manque

Pourtant, une fois les crédits de fin à l’écran, on se dit qu’il manque un petit quelque chose au film. La fin est, somme toute, brutale et elle appelle à davantage de réponses. Comme nous l’avons dit, il manque un vrai sens à l’apparition de Mirai adolescente ainsi qu’une véritable transmission d’expérience. On aurait également aimé assister à une confrontation d’idées avec l’autre visiteur du futur (dont on taira l’identité pour éviter de gâcher la surprise…). Cette rencontre aurait pu donner lieu à quelques moments forts qui ont, hélas, été omis…

Malgré ce petit sentiment d’inachevé, Mirai, ma Petite Sœur reste une histoire très émouvante où parents et enfants se retrouveront dans un message de compréhension mutuelle. Une expérience de grande valeur pour les plus grands, un bon divertissement pour les autres.

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Mirai, ma Petite Soeur

Auteur : Mamoru Hosoda
Sortie France : 26 décembre 2018
Genre : Humour, Fantastique

 

 

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Thomas Froehlicher est chroniqueur Japon & Gaming. Rédacteur pour plusieurs sites spécialisés dans le jeu vidéo, il intervient sur l'actualité vidéo-ludique depuis trois ans. Sa passion pour la culture japonaise, aussi bien classique que moderne, l'a poussé à en étudier la langue en parallèle de sa majeure en finance, puis à effectuer un semestre d'échange universitaire à Sophia University à Tokyo. Il est titulaire du Japanese Language Proficiency Test niveau 1 depuis 2012, et depuis ne jure que par les versions originales en japonais.