Il a grandi loin des caméras. Un gamin des champs devenu un artiste écouté aux quatre coins de la France. Après trois albums et une ribambelle de chansons touchantes, Gauvain Sers fait résonner sa maturité sur le « Boulevard de l’enfance ». Un disque de transmission inter-générationnel, sur lequel il a entre autre réalisé un rêve de gosse, un duo avec Francis Cabrel. Chronique musicale.

Gamin des champs, adulte des villes
Seulement 348 kilomètres et pourtant un monde sépare son village creusois de la capitale. Un porte-parole parvenu il y a huit ans à faire « Monter à Paris » la voix des « oubliés » de la France périphérique souvent passée sous silence. « C’était pour chanter toutes les nuits, Que j’ai troqué mon code postal, Mais j’planquerai jamais sous l’tapis, Mes origines originales » confesse Gauvain Sers coiffé d’une double casquette en velours de résident parisien n’oubliant pas d’où il vient. Un hymne à tous ceux qui ont quitté leur village natale pour se diriger vers une grande ville. Mais c’est bel et bien au bercail que l’artiste est retourné pour accueillir un bébé et en concevoir un autre musical. Un retour en terre connue sur le « Boulevard de l’enfance ». Etape fondatrice d’une vie, fil rouge de ce disque à écouter « dans votre bagnole avec les gosses qui se chamaillent sur la banquette arrière ». Un terrain de jeu très inspirant pour cet artisandes mots qui a taillé son crayon et accordé sa guitare entre autre à celle de Gaëtan Roussel (« Le café du matin sans toi »), pour raconter la « vraie vie » d’une poésie populaire et imagée. La sienne mais surtout celle des personnages composant sa ritournelle de chansons. Un chanteur se mettant délicatement dans la peau de « Presque une maman »dont la grossesse s’est interrompue. Un papa chanteur lui naissant se mettant à hauteur de son fils. « Un p’tit mec, un gavroche » qu’il berce entre autre « Chaque nuit » de son ode à la filiation (« Un peu de nous deux ») . Message de transmission entre générations rythmant également l’intime « Quatre enfants plus loin » aux notes d’amour adressées à celle qui lui a transmis empathie et sensibilité. « On l’avait prévenue que ce serait coton, Quand le dernier venu quitterait le cocon » jette-t-il un coup d’oeil dans le rétro vers le nid désormais vide de sa mère.

Bataille inter-générationnelle
Un envol entre insouciance et maturité à l’image des « (Les) Avions en papier » que l’on fabrique pour « faire marrer les copains ». Dont son « vieux frérot » perdu de vu (« Silence radio »). « Au moins ces avions-là ne bombarderont pas des enfants par milliers » mitraille-t-il avec le franc parler des plus jeunes pour faire grandir les consciences de ceux qui comme lui « on eu de la chance, D’avoir décroché l’innocence, Au grand loto de la naissance ». Tout comme son ainé Francis Cabrel partageant son micro sur le titre éponyme. Un duo doux et poignant envoyant un message de transmission entre génération. Et note d’espoir à ceux qu’on « recrute au berceau » pour combattre plutôt qu’étudier. Avant de se faire l’écho des victimes ukrainiennes de « Kharkiv » contraintes de grandir plus vite que les autres. Un artiste engagée armé de sa plume humaniste à la fois tendre et rebelle visant les injustices entre les enfants du monde et inégalité sociales de la société. « Monsieur le président, tout en haut de l’échelle, je vous l’accorde pourtant, la vue doit être belle, mais descendez d’un cran et mesurez la peine, de millions de braves gens que vos lois ne comprennent » interpelle-t-il « Monsieur le Président » d’un discours de colère et lassitude. Avant une session « Ménage à l’Assemblée » via la voix d’une petite main de l’ombre nettoyant les bancs des députés. Un citoyen hissant le drapeau blanc en hommage aux résistants des générations passées. « Si tu voyais grand-mère, De ton ciel, tout là-haut, Ton pays qui se perd, T’en aurais des sanglots, Toi qui a combattu, Tous les marchands de haine, J’pense à toi et ça m’tue, De savoir qu’ils reviennent » déplore-t-il toutes ces batailles actuelles, tout en gardant espoir de ne pas perdre la paix pour tous les enfants du monde.
L’info + : Après son retour dans les charts, Gauvain Sers s’apprête à remonter sur scène. Une tournée d’une quarantaine de dates, dont la première le 27 septembre 2026 à Montrouge.
DROUIN ALICIA





