Elle est l’une des voix les plus puissantes de la scène musicale française. Mais plutôt que seulement chanter, Barbara Pravi fait aussi entendre ses idées. Une artiste engagée en faveur des droits des femmes dont elle se fait un peu plus la porte-parole chaque 8 mars depuis neuf ans. Un rendez-vous honoré cette année encore avec une prière pour « Reconstruire » dédiée à sa mère.

Barbara Pravi - Reconstruire - 8 mars

La femme de sa vie

Elle a fait ses premières gammes au sein d’une famille d’artistes. Bercée entre autre par sa « maman » donnant le ton à l’une de ses chansons du même nom sortie en 2024. « Maman, est-ce qu’un jour ça s’arrête, La sensation d’être à côté » adressait-t-elle sa peur de ne pas trouver aussi bien sa place que celle qui lui a donné la vie. « Un jour pas si lointain, ma mère est devenue ma mère et moi je suis devenue sa fille. J’ai trente deux ans, et j’ai appris une chose : les chaînes ne nous enchaînent jamais pour toujours. Puisque l’amour trace son empire » affirme-t-elle désormais là où elle rêvait d’être, sur le devant de la scène. Loin des premiers pas en Iran de son ainée, Emmanuelle. Une femme qui l’a faite grandir tant dans la puissance que la douceur, demeurant la plus étonnante qu’elle connaisse. Un lien précieux qui l’a poussé à se « Reconstruire » et se relever toujours plus solide à chaque sortie de route. « J’irai dans le lieu où se cachait ma rage, On dit que c’est interdit aux enfants sages, J’irai x3, Même si j’ai peur, Je veux comprendre ce que mes grands voulaient taire » murmure-t-elle à son enfant intérieur mais surtout à celle l’ayant porté pendant neuf mois. Des paroles poétiques accordées à la délicate mélodie épurée composant cette douce ballade. Une prière résonnant comme le 9ème verset de son histoire « 8 mars » s’écrivant pour la 9ème année consécutive. Une chanson poignante mais aussi symbolique sortie à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. Plus qu’une simple inspiration un combat pour cette artiste engagée porte-parole de la cause. Faisant entre autre résonner sa voix dans la lutte contre les violences faites aux femmes, elle-même ayant été par le passé victime de violences conjugales.

Barbara Pravi - Kid - femmes

Une porte-parole fidèle au rendez-vous

Si elle est mobilisée tout au long de l’année, le 8 mars demeure pour la chanteuse une date symbolique qu’elle célèbre en chanson et images depuis neuf ans. Un rendez-vous musical se faisant l’écho des droits et l’autonomie des femmes. Avec en première page une réécriture de l’éloquent « Kid » d’Eddy de Pretto, hit pointant du doigt es dictats d’une masculinité transpirant de virilité et poigne. « Tu seras docile ma fille, je ne veux voir aucune once de fatigue, Ni de cernes, ni de gestes, qui veulent dire et Dieu sait, Qu’il faut être une mère et pouvoir tenir, travailler, entretenir le foyer » lève-t-elle le poing sur cette version réponse au texte adressé aux femmes en devenir. Visant cette fois tout en finesse et douceur, les injonctions faites aux mères et sœurs de toutes les générations. Accompagné d’un clip fleuri tout en sororité la révélant entourée de femmes de tous âges. L’année suivante c’est en alliant les « Notes pour plus tard » d’Orelsan et Ibeyi à son titre le « Malamour » qu’elle a poursuivi sa quête. Titre exclusif aux droits générés réservés à l’association La Maison des Femmes. Suivi de la « Chair » parlant de l’avortement. Tandis que « Prière pour soi » issu de son recueil de « Prières » invoque lui sa « guerrière » intérieure tout en rendant hommage aux battantes du quotidien. « Lève-toi » invite lui les hommes à rejoindre les combats des femmes. « Toi et moi, on est des enfants d’une seule terre, Fais honneur à tes mères, à tes filles, Fais honneur à tes sœurs à leurs vies, Elles qui ont pour tous payé le prix » clame-t-elle toute en puissance sur cet hymne de résistante appelant à l’action concrète à deux voix avec la chanteuse tunisienne Emel Mathlouthi. Un texte fort de résonance avec l’actualité faisant écho à la révolte iranienne. Et clip faisant défiler à l’écran des images d’archives de manifestation de femmes ayant traversé les époques et le monde, ainsi que des visages de femmes inspirantes connues ou anonymes

Sorti en 2024 l’inédit « Marianne » fait lui référence à l’icône de la liberté républicaine et de la démocratie française. « Ton nom se chante avec espoir, Toi tu portes la paix sous ta poitrine, La liberté coûte cher, Mais tes enfants portent la flamme » scande-t-elle sur cette ode féministe et engagée visant les « politiques, Qui fondent notre monde sur la peur ». L’an passé, « L’exil et l’asile » enregistré avec les femmes de l’association la Collective des Arles, est venu compléter sa discographie sous forme d’un hommage à ces femmes déracinées qui ont fui leur pays.

L’info + : La voix de Barbara Pravi orchestre également celles d’un collectif de 39 femmes sur le titre « Debout les femmes ». Devenu l’hymne du Mouvement de libération des femmes, un mouvement féministe revendiquant la libre disposition du corps des femmes tout en remettant en question la société patriarcale.

En parallèle, le rappeur Black M a fait appel à sa voix sur son titre « Pervers narcissique » où elle incarne une femme maltraitée par son compagnon.

La chanteuse publie également régulièrement des « Histoires de femmes » pour mettre en lumière de manière humoristique des femmes quelque peu oubliées de l’Histoire.

DROUIN ALICIA