En ce mois de janvier, une toute jeune galerie vient d’ouvrir ses portes à deux pas du Centre Pompidou. Créée par Florian Azzopardi, AFIKARIS a choisi de promouvoir l’art africain contemporain dans un très bel espace qui permet aux artistes d’exprimer pleinement leur créativité. En guise d’inauguration et afin de donner un peu de légèreté à cette année 2021 qui s’annonce déjà oppressante, deux artistes talentueux (Moustapha Baidi Oumarou & Omar Mahfoudi ) vous invitent à « Quitter la Ville » en vous perdant dans les paysages fantaisistes de leurs toiles.

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Et si vous partiez en voyage à travers les oeuvres d’Omar Mahfoudi ?
Florence Yeremian : La galerie AFIKARIS vient d’avoir pignon sur la rue Quincampoix mais elle existait déjà depuis deux ans dans un tout autre lieu…
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Florian Azzopardi a démarré l’aventure AFIKARIS dans son appartement avant de lui trouver un espace plus approprié à deux pas de Beaubourg

Florian Azzopardi : Absolument, elle se trouvait dans mon appartement du XVIIIe, boulevard Barbes au 4e étage. Ce concept n’était pas très pratique mais il fallait bien démarrer quelque part !
Au départ, j’ai créé des accrochages sous forme de cocktails qui avaient lieu notamment durant l’AKAA, la foire d’Art Africain contemporain. Mon appartement faisant 60 m2, je mettais des œuvres partout : au salon, dans la cuisine, dans ma chambre… Les visiteurs se sont multipliés mais les contraintes étaient trop nombreuses par rapport à la sécurité des œuvres, la promotion du lieu et puis surtout la visibilité. À cause du manque de place, je ne pouvais pas accrocher de grandes toiles ou des cycles complets du même peintre. Du coup, j’ai cherché un véritable espace d’exposition et j’ai eu un coup de foudre sur cette galerie à deux pas de Beaubourg. De par sa taille, son emplacement et sa lumière, elle va permettre à tous les artistes représentés par AFIKARIS de s’exprimer pleinement..

Votre galerie a de suite été spécialisée en art contemporain africain ?

Tout à fait. Depuis 2018, je défends des artistes émergents localisés sur le continent africain ou ailleurs. Une douzaine de peintres nous sont déjà fidèles mais la liste ne cesse d’évoluer et de s’enrichir.
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Les toiles de Moustapha Baidi Oumarou représentent des instants d’humanité, des moments joyeux et des clichés d’amour.
Qu’est-ce qui vous a mené à l’art africain ?
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Mon parcours personnel tout simplement. Il y a quelques années, je travaillais en Afrique dans l’e-commerce. Je m’occupais de 5 pays avec une équipe de jeunes vendeurs. Ils avaient tous des vies très compliquées mais ils possédaient une véritable envie de réussir et se battaient pour y arriver. Beaucoup m’ont donné une leçon de vie sans le savoir, notamment au Nigeria. Lorsque mes supérieurs ont voulu m’envoyer à Dubai, je me suis demandé ce qui me plaisait vraiment dans la vie. J’ai refusé mon transfert aux Émirats et je suis resté en relation avec l’Afrique. J’ai commencé à acheter des œuvres à des artistes, j’ai fait connaissance avec de jeunes peintres très créatifs, le courant est tellement bien passé que des relations humaines et amicales se sont créées. A partir de là, j’ai trouvé ma voie : j’avais besoin d’eux autant qu’ils avaient besoin de moi, alors on a commencé à écrire notre histoire de l’art, ensemble.
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À quelle fréquence allez-vous organiser vos expositions ?
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En moyenne, une dizaine d’accrochages annuels sont déjà prévus à la galerie. Je souhaite me concentrer sur des solo-shows ou des duos pour permettre à chaque artiste d’exploiter les lieux au maximum. Parallèlement à ces expositions in situ, AFIKARIS fait aussi voyager tous ses artistes en participant à des foires internationales comme Beyrouth Art Fair, Investec Cape Town ou 1:54 Londres.

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Dans ses compositions colorées, Moustapha Baidi Oumarou juxtapose des feuillages façon pochoir et des silhouettes sans visage. On peut y voir une invitation à se perdre dans la nature, loin de l’agitation qui perturbe nos existences urbaines
Qui sont les deux artistes de votre exposition inaugurale ?
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Tout d’abord, il y a Moustapha Baidi Oumarou. Ce très jeune peintre de 23 ans vient de Maroua au Nord du Cameroun. C’est une région peu axée sur la peinture à l’inverse du Congo par exemple. Moustapha est donc assez audacieux d’avoir choisi cette voie car les gens du pays ne comprennent pas trop ce qu’il fait.
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Comment l’avez-vous connu ?
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Ce “Rendez-vous bleuté” signé Moustapha Baidi Oumarou fait fusionner humour, fantaisie et maitrise chromatique. (Acrylique – 2019)

Je lançais le site d’AFIKARIS en ligne durant l’été 2018 et je cherchais des artistes. Je fouillais pays par pays sur Internet. En cliquant sur « Cameroun », j’ai trouvé des listes de peintres sans aucune référence et je suis allé les chercher un par un sur Facebook. J’avais constitué un tableau Excel avec plus de 300 artistes mais Moustapha Baidi Oumarou sortait du lot alors je l’ai contacté. J’ai mis de suite ses toiles en ligne sur mon site mais pendant près d’un an, rien n’a été vendu. Et puis, un jour, une toile a trouvé preneur et ça a été le début de sa consécration, mais aussi de la nôtre : l’audience d’AFIKARIS s’est amplifiée ce qui nous a permis d’accompagner d’avantage le travail de Moustapha. Depuis, on l’a déjà présenté à la foire de Cape Town en 2020 et puis à Art Paris en septembre dernier. C’est un artiste à suivre et l’on peut dire à juste titre que l’on grandit ensemble !

Quelle est sa technique picturale?
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Il travaille essentiellement à l’acrylique et au feutre Poska. Pour cet accrochage, il a choisi de mettre en avant des compositions fantaisistes où l’on voit évoluer des personnages au sein d’une végétation luxuriante. Son art est pétri d’allégresse et de bienveillance.

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Omar Mahfoudi : Nageur 2 (Encre sur papier – 2020)

Qui est le second artiste de votre exposition ?.

Afin de maintenir une thématique faisant fusionner l’homme et la nature, mon choix s’est porté sur Omar Mahfoudi. Omar est né au Maroc mais il vit à Paris. Ses œuvres sont déjà très connues à Tanger. Deux ans auparavant, il est venu nous les présenter, on a appris à se connaître et lorsqu’en 2020 il nous a proposé sa toute dernière série sur papier, on a adoré son travail et décidé de l’exposer pour l’inauguration.

Quelle est l’approche picturale d’Omar Mahfoudi ?.

Omar réintègre l’homme dans la nature. A travers ses encres sur papier, il tente un rapprochement, notamment via les figures déclinées de ses “flower boys”. Ces « hommes fleurs » diffusent une grande sensibilité, ils invitent à la méditation tout en étant porteur d’une belle allégresse grâce aux couleurs vives dont ils sont parés.
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Les “Flower Boys” d’Omar Mahfoudi revendiquent un retour aux sources et aux choses simples en mettant en avant des hommes en osmose avec la nature.
Avec cet accrochage AFIKARIS invite donc ses visiteurs à « quitter la ville » ?
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Oui, notre exposition porte bien son nom. A travers les univers oniriques et bienveillants d’Omar et Moustapha, elle propose un retour aux sources, un rappel des choses simples, un bol de nature colorée. On en a bien besoin en ces temps moroses !

Quitter la ville avec Moustapha Baidi Oumarou & Omar Mahfoudi

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Omar Mahfoudi

Du 9 janvier au 10 février 2021

GALERIE AFIKARIS
38, rue Quincampoix – Paris IV
T. 0625866690

Pour en savoir d’avantage : florian@afikaris.com

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En sortant de l’Espace AFIKARIS, faite d’une pierre deux coups en visitant la Galerie Schwab-Beaubourg. Elle se trouve juste en face !
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Photos : ©FlorenceYeremian
Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 10000 articles et interviews.