Pour Tales of Berseria, du jeu au manga, il n’y a qu’un pas

Si au Japon, les adaptations de jeux vidéo en manga sont depuis longtemps monnaie courante, le phénomène est plutôt récent en France. C’est donc un plaisir de voir les éditions Mana Books localiser la version manga de Tales of Berseria, le dernier épisode de la série de jeu de rôles développée par Bandai Namco.

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La popularité de la série Tales of lui garantissent toujours des adaptations dans d’autres domaines

Avec un million d’exemplaires distribués dans le monde et en dépit des critiques concernant Tales of Zestiria (qui partage la même chronologie), le jeu Tales of Berseria confirme la montée en puissance de cette série sur le plan international. Nombreux sont ceux à avoir salué la richesse de ses personnages et de sa narration. Il n’est donc pas étonnant de voir sa version manga débarquer quelques mois après la sortie du jeu (il était sorti mi-2016 au Japon, début 2017 en France). Cette série d’ouvrages en trois volumes s’est achevée le 6 décembre avec la sortie française du troisième et dernier tome.

L’histoire d’une vengeance

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Velvet, l’héroïne la plus classe de la série

Tales of Berseria raconte l’histoire de Velvet, une jeune fille devenue démon par l’entremise de son frère par alliance, Artorius. Transformée en paria à cause de son bras spectral, elle jure de se venger de l’homme qui lui a tout pris. Avec d’autres camarades également rejetés, Velvet forme un groupe d’ennemis publics se battant seuls contre l’ordre établi.

D’un point de vue du scénario, c’est une très bonne histoire anti-manichéenne qui relativise  adroitement le bien et le mal pour en tirer plusieurs morales d’une grande valeur émotionnelle.

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Les passages mettant en scène Eléonore sont très fidèles au jeu

Côté dessin, on est plutôt comblé par le talent de Nobu Aonagi. Son trait appuyé et sa haute maîtrise du détail dans la représentation des personnages en font un manga très au-dessus de la moyenne sur le plan graphique. Il y a un véritable travail au niveau des visages et une recherche sur les expressions faciales qui traduisent merveilleusement bien les émotions des héros. Par conséquent, cette version papier souligne astucieusement les moments-clé de la narration. Néanmoins, cette approche soignée est moins évidente en ce qui concerne les paysages : ces derniers sont, en effet, plus sommaires. Il est vrai que leur rôle importe d’avantage au sein du jeu vidéo que du manga, mais on aurait aimé qu’il soient aussi bien conçus.

Un manga trop court?

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Ça bastonne beaucoup dans Tales of Berseria, mais pas longtemps…

Les scènes d’action sont aussi moins convaincantes au sein du manga pour une raison assez simple : elles sont beaucoup trop courtes! Rien à redire sur l’intensité des coups, les impacts étant bien retranscrits, mais voir une demi-heure de combat (dans le jeu) expédiée en une page décevra quelqu’un qui a l’expérience du gameplay. On touche au problème fondamental de cette adaptation : pourquoi avoir compressé une aventure de soixante heures en seulement trois volumes ? Cela donne l’impression étrange de vivre le scénario de Tales of Berseria en hyper-accéléré. Bien sûr, cette lacune n’est pas le fait de Mana Books mais bien celle de l’éditeur japonais d’origine, Ichijinsha. Le scénario du jeu étant défini par avance, il était pourtant facile de déterminer un nombre de volumes adéquat.

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Le manga est au rendez-vous des scènes importantes

Cela dit, le manga s’attarde fidèlement sur les scènes importantes du jeu, comme les tiraillements psychologiques de Velvet, les multiples déconvenues d’Eléonore ou encore l’ultime affrontement contre Oscar. On sent parfaitement la force de la narration originale dans ces scènes. A côté de cela, la version papier passe très vite sur le reste, jetant le lecteur dans un espèce de yo-yo émotionnel. Au niveau de la compréhension aussi, il n’est pas toujours aisé de bien saisir l’enchaînement des événements tant l’auteur brûle (malgré lui) les étapes.

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Tales of Berseria manipule habilement la frontière entre le bien et le mal

Par convenance, les images de cet article proviennent de la version japonaise dématérialisée mais l’œuvre a bien été examinée dans les deux langues, et on remercie encore une fois Mana Books pour son concours. Pour les puristes, la traduction française est naturelle et de bonne facture même si l’on regrette quelques écarts (très mineurs) comme le おう japonais retranscris littéralement en « ou » alors que le son est différent en français.

Le constat est donc mi-figue mi-raisin sur cette adaptation de Tales of Berseria en manga. Elle ne comblera peut-être pas totalement les attentes des connaisseurs en raison de sa courte durée, mais elle demeure un bon moyen de rentrer dans l’univers du jeu pour ceux qui n’ont ni l’occasion ni le temps d’essayer un jeu de rôles aussi long.

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Tales of Berseria (manga)

Auteur : Nobu Aonagi
Editeur : Mana Books (France), Ichijinsha (Japon)
Label : Rex Comics (Japon)

Genre : Action, Heroic-Fantasy

https://mana-books.com/

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Thomas Froehlicher est chroniqueur Japon & Gaming. Rédacteur pour plusieurs sites spécialisés dans le jeu vidéo, il intervient sur l'actualité vidéo-ludique depuis trois ans. Sa passion pour la culture japonaise, aussi bien classique que moderne, l'a poussé à en étudier la langue en parallèle de sa majeure en finance, puis à effectuer un semestre d'échange universitaire à Sophia University à Tokyo. Il est titulaire du Japanese Language Proficiency Test niveau 1 depuis 2012, et depuis ne jure que par les versions originales en japonais.