Moskvitch, mon amour

Hamo et sa femme Arous vivent dans un petit village perché sur les montagnes d’Armenie. Réfugiés venus de l’Azerbaïdjan, ils ont du mal à joindre les deux bouts et ne parviennent à se nourrir qu’avec l’argent envoyé par leur fils moscovite.

Malgré la misère et l’exil, Hamo rêve comme un enfant de s’acheter une voiture : la fameuse Moskvitch, fleuron de l’ère soviétique. À ses yeux, ce véhicule représente à jamais le cadeau que l’Union lui a promis avant l’effondrement de l’URSS.

Contre toute attente, Hamo apprend qu’un des paysans du village vend justement une Moskvitch ! Il décide alors de tout faire pour se l’offrir …

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Un conte à l’humour tendre

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Tel un grand enfant, Hamo (Martun Ghevondyan) ne rêve que de sa Moskvitch.

C’est avec beaucoup d’humour et de tendresse que le réalisateur Aram Shahbazyan donne vie à ce drôle de protagoniste : aussi brave que candide Hamo semble s’attacher à cette voiture comme à une bouée de sauvetage. Il lui parle, lui sourit et la bichonne sans même l’avoir encore achetée, au point de délaisser sa fidèle épouse. Il faut dire que le pauvre homme a perdu tous ses repères depuis que l’Union Soviétique est tombée et qu’il a été contraint de fuir le Haut-Karabagh : il n’a plus de maison, plus de biens, sa citoyenneté azerbaïdjanaise s’est envolée, et il ne peut revendiquer aucun droit ni statut sur sa nouvelle terre d’accueil…

 

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Sa femme Arous (Hilda Ohan) cède avec bienveillance à tous les caprices d’Hamo.

Errant entre deux mondes et deux époques, Hamo est trop âgé à présent pour rebondir ou se reconstruire. Incompris, comme beaucoup d’Arméniens de sa génération issus de l’Artsakh, il gère son malêtre en l’enfouissant profondément derrière ses yeux rêveurs et son sourire aux dents manquantes.

Certains le prennent pour un fou, mais sa femme Arous sait bien la peine qui se cache dans le coeur de cet exilé à la barbe blanche : elle ressort parfois le soir quand Hamo ne parvient à contenir sa tristesse et qu’il se met à danser de douleur comme un dément.

Voilà pourquoi Hamo s’obstine à vouloir sa Moskvitch : à travers ce symbole, il retrouvera la stabilité de son passé, l’orgueil de sa jeunesse et tout simplement le sens de sa vie.

 

Un beau rôle de composition pour Martun Ghevondyan

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Femme et mari posent fièrement devant la Moskvitch.

C’est à Martun Ghevondyan que revient le rôle d’Hamo. Très juste dans son interprétation, ce comédien nous offre des moments d’allégresse ponctuée d’une douce mélancolie.

On adore le voir entonner des chants soviétiques en pyjama devant la photo de Khroutchev ou tenir méticuleusement son journal de comptes pour y noter toutes ses économies. On le suit aussi avec enthousiasme dans sa quête insensée de petits boulots qu’il s’inflige malgré son grand âge : tour à tour maçon, menuisier ou portant de lourds seaux sur d’improbables chantiers, il est prêt à tout pour gagner quelques sous. On est enfin très ému lorsqu’il décide de vendre pour trois kopecks les médailles de son père, vétéran de Stalingrad… On comprend alors amèrement qu’une page s’est tournée et que tout se monnaye dans le monde qui l’entoure : patriotisme, bravoure, humanité, ces nobles notions et ces valeurs d’antan n’ont, hélas, plus de sens auprès de ses contemporains.

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Hamo se rend à Erevan pour tenter d’y vendre les médailles de guerre de son père.

Un soupçon de nostalgie soviétique

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Le réalisateur Aram Shahbazyan

Le film d’Aram Shahbazyan est donc une sorte de conte inspiré d’une réalité déchue. Parfois proche du drame ou frôlant la nostalgie soviétique, il a l’intelligence de ne jamais tomber dans une vision pathétique de l’Arménie actuelle.

Certes, ce long-métrage évoque le problème des réfugiés et celui de la précarité, mais il n’y a pas d’apitoiement : juste des dialogues lucides, des parenthèses poétiques ou des anecdotes à double sens posées par petites touches pour éveiller graduellement le spectateur aux conséquences de la chute de l’URSS.

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Entre les archives de l’époque de Khroutchev, les traditionnels ragots de village et les très belles images de la terre d’Arménie sous la neige, on quitte la salle le coeur un peu gros mais chargé d’une belle émotion.

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Le film d’Aram Shahgazyan nous fait découvrir la vie d’un village au coeur des montagnes arméniennes avec ses ragots, ses difficultés, ses espoirs mais surtout ses beaux moments d’allégresse.

Moskvitch mon amour – PDF SYMA News – Florence Yérémian

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(Մոսկվիչ, իմ սեր)

Un film réalisé par Aram Shahbazyan
Scénario : Levon Minasian et Ester Mann
Production : Araprod
Avec Martun Ghevondyan, Hilda Ohan, Frunkiz Amirkhanyan

Sortie française : le 23 janvier 2019

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Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 10000 articles et interviews.