Art Africain - Congo - Brazzaville - Sandra Plachesi - Afrique - Syma News - Florence Yeremian
La collectionneuse et galeriste Sandra Plachesi

Brazzaville accueille une nouvelle galerie d’art 

Sandra Plachesi est née en France mais vit au Congo Brazzaville depuis plus de dix ans. Collectionneuse dans l’âme, elle s’est découvert une passion pour l’Art Africain qui l’a menée cet automne à ouvrir la première galerie privative d’art contemporain de Brazzaville : la Brazza Art Galerie. Cette très belle initiative, qui s’adresse autant aux amateurs d’art africain qu’aux esthètes, va enfin permettre de promouvoir le travail des artistes locaux. Et ils sont nombreux !

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Brazza Art Galerie - Afrique - Congo - Brazzaville - Art Africain - Syma News
La Brazza Art Galerie donne le ton dès sa devanture : élégance, beauté et modernité africaine.

Comment est né le projet de la Brazza-Art Galerie ?

Sandra Plachesi : Je collectionne des oeuvres d’Afrique équatoriale depuis de nombreuses années et j’ai eu envie de faire partager ma passion tout en épaulant les artistes locaux qui éprouvent de grandes difficultés à diffuser leur travail. J’ai donc décidé de créer la Brazza Art Galerie afin de présenter des oeuvres déjà reconnues mais aussi pour faire émerger les talents de demain.

Jacques Iloki - Sylvestre Mangouandza - peintres Poto Poto - Brazzaville - Paul Obambi - SYma News - Syma Mobile - Florence Yeremian
La Galeriste Sandra Plachesi est entourée de Paul Obambi, Président de la Chambre de Commerce de Brazzaville, et des peintres de l’Ecole de Poto Poto : Jacques Iloki et Sylvestre Mangouandza

D’autres galeries d’art existent-elles à Brazzaville ?

Il y a la Galerie du Bassin du Congo, les Ateliers Sahm ainsi que le centre d’exposition de l’Institut Français du Congo. Les missions que se sont fixés ces lieux sont un peu différentes des nôtres mais nos projets se complètent. La Brazza Art Galerie soutient et promeut des artistes de l’Afrique Equatoriale avec une attention particulière portée aux talents des deux Congo. Nous avons pour ambition de faire rayonner cette création dynamique, jeune et singulière à l’international en offrant aux artistes un cadre qui n’ait rien à envier aux consœurs d’Afrique de l’Ouest ou du Sud.

Simba - RDC - Afrique - Brazza Art Galerie - Syma News - Syma Mobile - Florence Yérémian
Ce tableau multicolore de Simba rend hommage au héros national de la République Démocratique du Congo : Patrice Lumumba

Vous positionnez-vous comme défenseur de l’art africain dans sa globalité ou allez-vous uniquement vous consacrer aux artistes congolais ?

La Brazza Art Galerie ambitionne de devenir l’une des vitrines de l’Art Africain qui souffre encore d’une sous représentation au niveau mondial. Des expositions croisées sont en prévision avec nos voisins du Sénégal et de la Côte d’Ivoire. Nous espérons aussi construire des collaborations pérennes avec des artistes du continent et multiplier les échanges culturels intra et extra continentaux : nous avons déjà des sollicitations de Cuba et du Venezuela pour aller exposer sur place et recevoir en retour leurs artistes.

Zingpe - Benin -Afrique - Africa - Syma News - Florence Yeremian - Syma Mobile - Brazza Art Galerie
L’art du Béninois Dominique Zinkpé a déjà traversé les frontières de l’Afrique et du succès. Plusieurs de ses toiles sont exposées à la Brazza Art Galerie dont « La danse en rouge ».

Vos accrochages fusionnent des oeuvres du Congo et de la RDC : est-ce une façon de réunir Brazza à Kinshasa ?

C’est effectivement une manière de montrer que les deux capitales les plus proches au monde ne forment qu’un seul et même élément culturel et artistique. Elles partagent une histoire millénaire où le fleuve n’était pas une frontière mais un lien de communication essentiel. C’était également, et c’est toujours, un lien mystique très fort qui a impacté tout autant l’art traditionnel que l’art contemporain sous toutes ses formes de représentation. Visuellement, les deux styles ne s’opposent pas mais ils se complètent, ce qui permet d’accéder à une immense diversité de créations autour de thèmes souvent communs.

Kounde - RDC - L'inondation - Syma News - Brazza Art Galerie - Syma Mobile - Florence Yeremian
« L’inondation » de Kounde nous plonge avec humour dans les périodes de crues et de pluies torrentielles propres aux deux côtés du fleuve.

Il semblerait que le Congo soit un véritable creuset d’artistes peintres : est-ce une tradition locale ?

Il est certain que la peinture est prééminente des deux côtés du Fleuve. Durant la période de libération artistique qui a suivi la décolonisation, l’école de Poto Poto au Congo Brazzaville et l’Académie des Beaux Arts de Kinshasa ont permis à de très nombreux artistes d’avoir une visibilité, un cadre structuré et un outil de promotion des œuvres. Celà a beaucoup compté dans le dynamisme artistique actuel de ces deux pays. Les traditions de ferronnerie, de taille de la pierre, de poterie par exemple étaient moins ancrées dans la tradition ancestrale. Il est donc possible que ce soit l’une des raisons de la force de la peinture aujourd’hui. Mais là aussi, les choses évoluent et la créativité s’exprime désormais sur tous les supports.

Mondinga- Afrique - Africa - Congo Braza - Masque Kota - Brazza Art Galerie - Syma News - Syma Mobile - Florence Yeremian
Les tableaux de Mondinga débordent de talent et d’humanisme tel ce « Frêle poseur de pavés roses » – (RDC)

Qu’est-ce qui caractérise l’art du Congo et de la RDC par rapport aux créations des autres pays d’Afrique ?

Il est difficile d’être didactique sur le sujet car il n’existe toujours pas de référencement précis des styles, artistes ou thématiques évoluant autours du Fleuve. D’un point de vue personnel, je pense que les artistes congolais travaillent beaucoup sur la nature, sur leur environnement proche, sur l’actualité et sur la cosmogonie africaine. On voit dans leur travail une gamme chromatique très étendue, sans doute reflet de l’environnement équatorial qui les entoure. Le travail d’abstraction porte essentiellement sur l’humain plus que sur des formes géométriques et, hormis quelques représentations animales, l’Homme est pratiquement toujours au centre du travail pictural et photographiqueC’est un art très gai, vivant et coloré, que ce soit dans le figuratif ou l’abstrait.

M'Hengo - Afrique - Congo Brazzaville - Brazza Art Galerie - Syma News - Florence Yeremian - Syma Mobile
Les peintures traditionnelles de Michel Hengo débordent d’allégresse et de couleurs vives comme la plupart des oeuvres congolaises.

Quels sont les artistes phares de cette première exposition à la Brazza-Art Galerie ?

Pour les Brazzavillois, nous avons bien sur Gotene avec de très belles pièces dont deux peintures sur raphia (ce qui est extrêmement rare), mais aussi Ndinga père et fils, Boboma, Mouelo, Mangouandza, Iloki père & fils (ces trois derniers étant issus de l’Ecole de Poto Poto).

Pour Kinshasa : Chéri-Chérin, Chéri-Samba, Khan, Dole, Mika, Shula, Botembe, Alfi-Alfa, un magnifique sculpture de Lyollo

Cheri Cherin - Congo - Brazzaville - Afrique - Africa - Syma News
L’artiste Cheri Cherin n’est plus à présenter. Au même titre que Cheri Samba ou Moke, ses oeuvres populaires et ironiques sont aujourd’hui convoitées par tous les collectionneurs d’Art contemporain. Sa toile « Consultation » est exposée à la Brazza Art Galerie… certainement plus pour longtemps !

Hormis les peintures, d’autres techniques sont-elles présentent au sein de votre galerie ?

Tout à fait. Concernant la photographie, nous avons accueilli Baudoin Mouanda qui est internationalement connu, notamment pour son travail sur les Sapeurs de Bascongo. Nous exposons aussi Robert Nzaou, un jeune photographe en pleine ascension qui s’est fait récemment remarquer en illustrant le dossier « Congo » de Jeune Afrique. Nous présentons également des sculptures de Lyollo, Moukala, Matuka et espérons enrichir notre collection dans ce domaine.

Robert Nzaou - Congo Brazzaville - Photo - Pointe noire - Le restaurant - Afrique - Syma Mobile - Syma News - Florence Yérémian
La photographie fait aussi partie du paysage artistique des deux Congo. L’artiste Robert Nzaou issu de Brazzaville est l’un des talents montants de cette discipline. Parmi ses multiples clichés, une photo prise à Pointe noire :  » Le restaurant ».

Selon vous, comment se porte le marché de l’art africain contemporain et précisément celui des artistes congolais ?

Depuis une dizaine d’années, il semblerait que ce domaine ne cesse de séduire les collectionneurs internationaux. Jusqu’à récemment, il n’était connu que des amateurs éclairés et sa commercialisation ne se faisait guère qu’en intracontinentale. Avec l’arrivée d’internet, un plus grand nombre de personnes ont enfin accès à la richesse de cette création jeune et foisonnante et l’art africain contemporain sort enfin de son anonymat ! Il va trouver naturellement son public car de nombreuses œuvres sont de qualité, inventives et elles reflètent le dynamisme de ce continent qui se réapproprie son passé culturel, l’intègre et le transforme dans un processus créatif sans cesse renouvelé.

Des expositions prestigieuses (Vuitton, Cartier, Art Bassel…) font désormais la part belle à certains de ces artistes, notamment en provenance de Kinshasa mais le chemin est encore long : bien peu ont une côte officielle sur les marchés de l’art et il reste à faire un vrai travail de promotion pour augmenter la diffusion de ces œuvres auprès des collectionneurs internationaux.

Brazza art galerie - Afrique - Syma News - Syma Mobile - Africa
Même les plus jeunes sont venus découvrir les murs multicolores de la Galerie de Sandra Plachesi !

Qu’en est-il des collectionneurs locaux ? Les artistes vendent-ils aussi localement ou sont-ils dans l’obligation d’exporter leurs créations ?

Il est encore difficile de vendre au sein des deux Congo. Il y a des collectionneurs locaux mais ils ne sont pas nombreux et l’achat d’œuvres d’art contemporain n’est pas encore un réflexe tant pour des raisons financières que culturelles. On s’aperçoit donc que les artistes reconnus ont effectivement pris l’habitude d’exporter leurs œuvres, soit par le biais d’expositions internationales, soit, quand ils ont la chance de pouvoir être représentés, par le truchement de galeries étrangères.

L’artiste peintre Monsengo Shula et Patrick Itouad, l’un des associés de la Brazza Art Galerie. En arrière plan, une oeuvre de Shula des plus « cosmiques » !

Et au niveau des musées et des institutions publiques ? Ces espaces sont-ils autant acquéreurs que les particuliers ?

C’est un peu compliqué: il existe des lieux qui fonctionnent en partenariat public-privés ainsi que des musées. Dans le cas des P.P.P., il y a souvent un problème de manque de financements pour l’acquisition et c’est encore plus vrai en ces périodes de récession économique. Les œuvres présentées sont souvent mises en dépôts vente ou sont données par des mécènes pour permettre aux artistes locaux d’avoir une visibilité nationale.
Pour les musées, ils sont subventionnés par l’Etat quand il en a les moyens ou par de riches mécènes. Mais là aussi les fonds manquent pour pouvoir organiser une politique d’achat d’œuvres sur une ou plusieurs années et/ou sur des thématiques précises qui permettraient à des artistes d’avoir une visibilité sur un moyen ou long terme.

Jonathan Johanssen - Congo - Brazzaville - Art - Syma News - Syma Mobile - Brazza Art Galerie - l'Ambassade du Sénégal
Jonathan Johanssen, l’un des associés de la Brazza Art Galerie et la représentante de l’Ambassade du Sénégal

Avez-vous déjà une thématique pour votre prochaine exposition ?

Oui. Nous allons accueillir, fin janvier, une grande rétrospective de l’œuvre photographique de Baudoin Mouanda. C’est un vrai retour aux sources !
Après avoir exposé partout dans le monde et gagné de nombreux prix pour l’ensemble de son travail, il a accepté de venir présenter chez nous des clichés emblématiques de ses 20 dernières années de carrière. Nous sommes très fiers de l’avoir à Brazza-Art Galerie et nous le remercions de la confiance qu’il témoigne ainsi à notre jeune Galerie.

photographe congolais Baudoin Mouanda, célèbre - la sape - exposition - brazza art galerie - syma news - Syma mobile - Florence Yeremian - janvier 2019 - Afrique - Africa
Le photographe congolais Baudoin Mouanda pose devant ses derniers tirages. Déjà célèbre pour son travail autour des « Sapeurs », il sera l’invité de la prochaine exposition en janvier 2019.

Quelles vont être vos prochaines expositions en dehors de Brazzaville ?

En 2019, nous avons pour projet d’exposer à Kinshasa et nous sommes en discussion avec certains de nos voisins de la CEMAC (Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale) pour organiser des échanges artistiques. En 2020, nous allons nous rendre à Dubaï dans le cadre de l’Exposition Universelle et y organiser un vernissage pour présenter au plus grand nombre le travail de nos artistes.

Lyolo - Sculpture - Congo Brazzaville - Afrique -Syma News - Syma Mobile - Florence Yeremian - Exposition
La symbolique panthère de Lyolo trônait au coeur du vernissage

Si vous deviez choisir une œuvre phare de votre accrochage actuel, laquelle prendriez-vous ?

Choisir c’est renoncer…. Une seule c’est difficile. Je dirais deux, un Brazzavillois et un Kinois : l’un des Gotene sur raphia pour sa rareté et son symbole (il a peint sur du raphia car il n’avait pas assez d’argent à cette époque pour acheter des toiles. Il a ainsi démontré une fois de plus que l’Art prime sur tout pour un créateur) et la Panthère de Lyollo qui est un travail d’une finesse et d’une force esthétique exceptionnelle.

Gotene - Congo Brazzaville - Brazza Art Galerie - Syma News - Florence Yeremian - Syma Mobile
Cette oeuvre de Gotene est l’une des favorites de Sandra Plachesi : « Il ne reste que deux exemplaires au monde de la peinture sur raphia de Gotene. A l’époque, il a peint sur ce support végétal car il n’avait pas assez d’argent pour acheter des toiles. Depuis, tout s’est perdu. C’est une pièce inestimable. »

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Brazza Art Galerie – PDF SYMA News – Florence Yérémian

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M'Hengo - Congo Brazza - Femme qui nourrit son enfant - Brazza Art Galerie - Syma News - Syma Mobile - Florence Yeremian

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Brazza Art Galerie
213 rue de la Musique Tambourinée – Brazzaville
Tel. +242 05 031 2020

contact@brazza-art-galerie.com

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Photos : ©Baudouin Mouanda et ©Daniel Elombat

La peinture titre de cet article est une oeuvre de Jacques Iloki : « Les masques KEBE KEBE »
La peinture finale est une toile de Michel Hengo : « Femme qui nourrit son enfant »

 

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Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 10000 articles et interviews.