Après Inkala et Melanchology, André Manoukian nous livre un bel album de Jazz oriental : APATRIDE

A la fois festif comme une noce et délicat comme du Satie, cet opus épicé repousse les frontières du Jazz pour aller à la rencontre de nouvelles sonorités.

Puisant par petites touches dans son passé arménien, André Manoukian fait ressusciter  des rythmes de son enfance et se réapproprie ce folklore ancestral en le transposant dans ses partitions jazzy. A l’exemple d’Ibrahim Maalouf ou du compositeur Tigran Hamasyan, il brasse ainsi une musique nouvelle qui fusionne les genres et confère au Jazz contemporain des couleurs insoupçonnées. 

Pour nous offrir ce voyage inattendu, André Manoukian a fait appel à des artistes palestiniens, des percussionnistes iraniens, un violoncelliste turc et une superbe chanteuse arméno-syrienne. Tous sont apatrides à leur façon car d’après André la musique n’a pas de territoire propre, elle voyage et se transmet au fil des routes au-delà des races et des religions.

L’album s’ouvre sur quatre petites notes de piano semblables à un appel provenant de terres perdues au-delà du Bosphore… Nos sens mis en éveil, ce sont soudainement des percussions chaudes et graves qui nous emportent dans les mélopées envoutantes du Jazz.

Accompagné de ses « musiciens du monde », André se lance alors dans de belles envolées pianistiques comme avec son morceau staccato dédié à Dave Brubeck ou sa symbolique Danse du « Sable » inspirée par la Danse du Sabre d’Aram Khatchatourian.

Même si l’allegresse est omniprésente, cet album propose aussi des moments de spleen (Anaid) et des chants célestes comme des prières (Moutn’er). L’espace de douze morceaux, André Manoukian touche délicatement du doigt ses racines arméniennes, les saccade (Electric Derviche), les modernise (Otantik), martèle ses souvenirs musicaux (Marathon Monk) et réussi enfin à réveiller toutes ces mélodies oubliées de leur trop long sommeil.

Entre la chaleur des cuivres, la sensualité du saxo d’Hervé Gourdikian et les fabuleux coups d’archers du violoncelliste Ozer Arkun, tout se mélange en mode Jazzy y compris la voix profonde de Léna Chamamyan : déployant ses mélismes comme des psaumes lancinants, cette chanteuse suave nous transporte définitivement au coeur d’un Orient mystique.

André a fait appel à la chanteuse arméno-syrienne Léna Chamamyan pour l’accompagner sur cet opus oriental.

Lorsque le disque se termine, l’on se sent imprégné de cette mélancolie heureuse propre aux -peuples apatrides et l’on remercie André pour ce beau voyage musical

André Manoukian : Apatride 
Enzo Productions
http://www.enzoproductions.com/fr/artistes/andre-manoukian
Percussions : Kevan Chemirani, Naghib Shanbehzadeh, Youssef Hbeish
Batteries : Pierre Alain Tocanier, Nicolas Viccaro
Violoncelles : Ozer Arkun, Guillaume Latil
Contrebasse : Christophe Wallemme
Saxophones : Hervé Gourdikian
Chant : Lena Chamamyan
Piano, composition : André Manoukian

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Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 5000 articles et interviews.