Lorsque l’on pense à l’Art de Rubens, l’on voit apparaître une multitude de femmes alanguies et de déesse callipyges. Peintre de la chair et de ses corpulentes tentations, Pierre Paul Rubens n’en demeure pas moins l’un des artistes les plus convoités des souverains de son temps. Qu’il s’agisse des Ducs de Mantoue, des Princes d’Espagne ou de la Cour de France, tous doivent au pinceau de cet Anversois le privilège d’avoir pu traverser les siècles. En retour, Rubens leur est, de toute évidence, redevable de sa fortune et sa notoriété. C’est précisément autour de cet échange tactique et culturel que s’articule l’exposition « princière » du Musée du Luxembourg.

L’exposition s’ouvre sur un portrait de Marie de Médicis entourée de ses dames d’honneur. Face à elle, Rubens est élégamment représenté, pinceau à la main en train d’esquisser la régente. La relation qui prévaut entre cet artiste et sa noble commanditaire, donne le ton de cette manifestation : une peinture d’apparat où le peintre glorifie avec ostentation les mécènes qui le sollicitent.

Marie de Médicis posant devant Rubens : un face-à-face très symbolique des relations privilégiées existant entre l’artiste et sa commanditaire (Huile sur toile de Van Brée – 1817 – Musée des Beaux-Arts de Cambrai).

A travers une centaines de tableaux, le spectateur est donc invité à déambuler au sein des somptueuses cours européennes du XVIIe siècle. Qu’il s’agisse de la Cour des Gonzague, de celle des Flandres dont Rubens est originaire, de celle d’Espagne qu’il rejoint en 1628 ou de la Cour de France régentée par Marie de Médicis, ce peintre migrateur nous donne l’impression d’avoir côtoyé toutes les têtes couronnées de son temps.

L’infante Isabelle d’Espagne (Huile sur Toile de Rubens et Brueghel de Velours – 1615 – Madrid @Museo Nacional del Prado, Dist. RMN-GP)

Une telle succession de portraits historiques pourrait donner le tournis ou lasser le visiteur par sa monotonie thématique mais il n’en est rien : au fil des salles, l’on se prend, en effet, au jeu des grandes lignées. D’un tableau à l’autre, l’on analyse les liens généalogiques de ces familles de sang bleu et l’on s’amuse de voir à quel point elles se croisent et se chevauchent par-delà les siècles et les pays. Parallèlement à cette leçon d’histoire illustrée, l’on se laisse bien sûr charmer par la richesse picturale des œuvres.

Par-delà l’aspect hiératique de ses portraits officiels, les toiles de Rubens regorgent de détails fabuleux.

Pour être séduit, il ne faut surtout pas traverser cette exposition au pas de course: prenez le temps en arpentant les salles de chercher le détail. Si vous laissez vos yeux se promener lentement sur chaque toile, vous serez happés par la beauté nacrée d’une perle, l’exubérance d’une fraise ou l’onctuosité d’une tenture grenat. N’hésitez pas à mettre de côté l’aspect pompeux et hiératique propre aux portraits officiels et tentez de capter la touche fluctuante de Rubens : préalablement sage et linéaire, la « Maniera » de ce génie se meut en effet au fil des tableaux. D’un souverain à l’autre, son trait se libère, gagne en vivacité, ses dentelles deviennent vaporeuses, ses personnages délaissent leur rigide posture, quand aux reflets de lumière, ils se transforment progressivement en des éclaboussures blanches quasi-impressionnistes !

Rubens a représenté toutes les têtes couronnées de son temps, de la plus petite à la plus grande… Gauche : Eléonore de Gonzague, future impératrice, à l’âge de 2 ans (Huile sur toile – Vienne Kunsthistorisches Museum – 1600-1601). Droite : Marie de Médicis, reine mère de France (Huile sur toile – © Museo Nacional del Prado, Dist. RMN-GP / image du Prado – 1622).

Certes, l’exposition nous ramène sans cesse à la figure emblématique de Marie de Médicis qui fut certainement l’un des commanditaires les plus exigeants de Rubens. A travers le cycle de 24 tableaux devant décorer son Palais du Luxembourg, la Reine de France est docilement magnifiée par l’artiste: tour à tour déesses des Arts, siégeant parmi les Dieux ou couronnée en manteau fleurdelisé face à un parterre de cardinaux assujettis, Marie de Médicis utilise à dessein ces allégories excessivement théâtrales afin d’asseoir sa légitimité.

Une telle emphase, avouons-le, peut prêter à sourire… mais l’on ne doit pas contrarier les puissants! Rubens, semble-t’il, l’avait fort bien compris : aussi érudit que conciliant, ce peintre diplomate a su façonner l’image des grands de son temps pour en tirer lui-même une bien belle gloire.

L’exposition Rubens? Une somptueuse parenthèse picturale qui va vous faire réviser votre Histoire !

Rubens : Portraits Princiers
Musée du Luxembourg
19 rue de Vaugirard – Paris 6e
Informations : 01 40 13 62 00

Du 4 octobre au 14 janvier 2018
Du lundi au dimanche de 10h30 à 19h
Nocturne tous les vendredis jusqu’à 22h
Nocturnes supplémentaires jusqu’à 22h les lundis du 13 novembre au 18 décembre 2017

http://museeduluxembourg.fr/expositions/rubens-portraits-princiers

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Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 5000 articles et interviews.