A l’occasion des 70 ans de la Maison Dior, le Musée des Arts Décoratifs accueille l’une des plus belles expositions de l’été : une promenade Haute-Couture dans le somptueux univers de Christian Dior et de ses héritiers.

Robe à danser brodée de perles et cristaux Swarovski – Christian Dior – 1953 (© Mazarine)

La Maison Dior est née en 1947, au lendemain de la guerre. Avant de prendre le chemin de la mode, le jeune Christian était galeriste et il n’hésitait pas à exposer Dali, Braque ou Picasso. Esthète dans l’âme, ce grand bourgeois venu de Normandie, s’est cependant fait connaître en relançant l’élégance à la française à travers un mythique défilé : en février 47, cet adepte du beau, a balayé tous les oripeaux de la femme de l’Occupation en lui redonnant sa taille de guêpe, son faste et sa féminité.

Robe de Bal en piqué de coton, ornée de lierre – Cristian Dior 1950 (© Mazarine)

Soixante dix ans plus tard, l’esprit de cet initiateur du « New Look » n’a pas pris une ride et continue de séduire le monde entier grace aux Directeurs artistiques qui lui ont succédé. C’est ce parcours à la fois classique et multiple que le Musée des Arts Décoratifs a voulu mettre en avant à travers une mise en scène fabuleuse qui se déploie sur 3000 mètres carrés : réalisée par Nathalie Crinière, cette scénographie fait voyager le public des appartements de Dior aux alcoves feutrées de Trianon, pour terminer en apothéose dans une salle de bal inspirée de la Galerie des Glaces.

La Nef du Musée des Arts Décoratifs s’est transformée en fastueuse salle de bal ! (© Mazarine)
La gigantesque « salle des patrons », vous fait pénétrer dans la matrix de la Maison Dior : Tailleurs, manteaux, vestes en toile sont ici présentés au stade de leur genèse dans les ateliers. (© Mazarine)

Parmi des centaines de croquis, parures ou flacons de parfums, ce sont essentiellement les robes qui ressortent de cette retrospective tant elles sont précieuses et originales. L’exposition en présente plus de 300 modèles dispersés dans l’ensemble des salles du musée y compris au sein de la grande nef. Qu’il s’agisse de robes du soir, du jour ou de cocktail, toutes déploient leurs corolles et leur extravagance pour le plus grand plaisir des spectateurs.

L’exposition met en avant toutes les époques et filiations propres à la Maison Dior : seules comptent l’élégance et la féminité (© Mazarine)

Depuis la mort de Christian Dior en 1957, six Directeurs artistiques ont pris la tête de cette prestigieuse maison. Inscrits dans la tradition du Maître, ils en ont conservé l’essence et l’exigence initiale tout en lui apportant successivement une touche personnelle et une modernité.
Le premier de ces héritiers est l’incontournable Yves Saint Laurent: génie de l’épure et de la sophistication, il a ponctué la griffe Dior de sa subtilité et sa pensée émancipatrice.

Le couturier Marc Bohan est moins connu du grand public et pourtant il est resté près de 28 ans à la tête de la maison où il a lancé Baby Dior et mis en place les premiers éléments masculins.
Vient ensuite Gianfranco Ferré gorgé de sa flamboyance italienne grace à laquelle il conjugue à ravir les tissus de couleurs et la fluidité des textures.

Photo 6 – Le manteau Arlequin de Gianfranco Ferré (Automne-hiver 1995) – (© Mazarine)

Et puis, en 1997 débarque la bombe Galliano: aussi fastueux que baroque, ce démiurge rocambolesque a totalement révolutionné la Haute couture avec son côté punk et sa démesure.

Deux des créations de John Galliano : Kusudi (Corset perlé d’inspiration massaï et robe sirène en crêpe-satin et dentelle) et Kigely (Robe courte en tulle brodé) – 1997
Cette bottine en python et satin broché révèle toute l’exubérance de Galliano – 2003 – (© Mazarine)

Beaucoup plus sage, le talentueux Raf Simons a repris les rennes de Dior en 2012 en choisissant de faire passer son savoir-faire et sa modernité avant l’exubérance théâtrale si chère à Galliano.

Raf Simons et Florence Chenet, première de l’atelier flou de Dior – (© Mazarine)
Les fameuses robes de Raf Simons inspirées des peintures abstraites de Streling Ruby (© Mazarine)

L’année 2016 dépasse cependant toutes les espérances avec l’arrivée d’une femme comme première créatrice de la Maison Dior. C’est à Maria Grazia Chiuri, que revient cet honneur mais aussi les nombreuses exigences qui s’y rapportent. Nommée en juillet 2016, cette romaine de 53 ans a choisi de revisiter l’ADN de Dior à travers un romantisme à la fois sombre et précieux.
En effet, parallèlement à la légèreté onirique de ses robes de plumes ou de tulle plissé qui évoquent les premières « femmes-fleurs » de Christian Dior, la nouvelle Directrice artistique possède une touche un peu « dark » qu’elle projette dans des tenues néo-vénitiennes ou d’intrigantes robes noires dignes du Chevalier d’Eon.

La créatrice Maria Grazia Chiuri et sa robe « Baiser Rouge » issue de la collection printemps-été 2017
Avec cette robe de bal en tulle brodé (nommée « Mémoire d’Hiver »), Maria Chiuri rend un hommage romantique aux femmes-fleurs de Christian Dior
Cette robe de cocktail brodée de raphia et cristaux Swarovski a été portée par Natalie Portman pour Miss Dior (création Maria G. Chiuri – 2017) – (© Mazarine)

C’est donc un magnifique parcours d’art, de raffinement et création que laisse admirer cette exposition Haute Couture. Qu’il s’agisse de robes mais aussi de mules de velour, de minaudières en métal ou de flacons de cristal, toutes ces oeuvres d’art ont été conçues avec une minutie, un savoir-faire et une passion évidente. Il en va de même pour les sublimes chaussures signées Roger Vivier, les cosmétiques du visionnaire Serge Lutens, sans parler des photos en noir et blanc d’Horst et Henry Clarke qui replongent les spectateurs à une époque où l’élégance faisait loi et où les femmes osaient se promener sans inhibition avec une coiffe en crocodile, de longs gants de soie perlée et une robe sirène…
En quittant le musée des Arts décoratifs l’on se dit qu’il serait temps de jeter son jean et ses basquettes pour allez faire un tour du côté de l’Avenue Montaigne …

Edition d’exception du Flacon Miss Dior avec noeud brodé main – 2017 (© Mazarine)

 

Partition Miss Dior composée par Henri Sauguet et offerte à Christian Dior en décembre 1947

Christian Dior, couturier du rêve
Du 5 juillet 2017 au 7 janvier 2018
Musée des Arts Décoratifs
107, rue de Rivoli – Paris 1er
T. 0144555750
www.lesartsdecoratifs.fr
Commissaires d’exposition: Florence Müller & Olivier Gabet
Scénographie: Nathalie Crinière
Photos © Mazarine Yérémian

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Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 5000 articles et interviews.