Le magnifique Théâtre du Ranelagh accueille au coeur de ses boiseries Renaissance une version sémillante de la comédie de Molière, Les fourberies de Scapin. 

Pour ceux qui ont un peu oublié leurs classiques en voici l’intrigue : 

Octave et Léandre sont deux jeunes seigneurs beaux et fringuants. Malgré leur haut rang, Léandre est tombé amoureux d’une bohémienne, quant à Octave, il a secrètement épousé une orpheline aussi pauvre que séduisante. Ces mésalliances ne conviennent absolument pas à leurs vieux pères qui refusent de voir leur descendance aller s’amouracher de donzelles sans nom ni fortune. Face au double courroux paternel, les jouvenceaux sont désemparés. Ils font alors appel à Scapin : valet rusé et sans scrupule, ce dernier va forger toutes sortes de stratagèmes pour faire fléchir le dictat patriarcal…

C’est avec entrain et enthousiasme que la compagnie du Grenier de Babouchka revisite cette succulente pièce de Molière : entre le bel Octave (Sébastien Gorski) paré de couardise, l’excellent Léandre (Constantin Balsan) aussi fier que drôle et le laquais Sylvestre (David Mallet) paradant maladroitement sous son morion espagnol, ces allègres comédiens transportent leur public dans un flot de rires et de bonne humeur. Face à la toute puissance des aïeux et des mariages arrangés, ils imposent leur fraiche insouciance et leur adorable naïveté. Pour mener à bien cette amusante rébellion, l’énergique Kamel Isker s’est emparé du rôle titre

de Scapin avec une impressionnante vivacité:  tout au long des trois actes, il jongle avec les répliques, passe de l’accent britannique au japonais, bondit, chute, virevolte et s’amuse à taquiner son tamtam autant que les nerfs des pauvres Géronte (Patrick Clausse) et Argante (Pierre Benoist). Ces deux compères, aussi avares que bougons, nous font songer à d’obsolètes pièces de damiers embourbées dans leurs traditions : coincés entre leurs énormes fraises et leurs drôles de calottes, ils ruminent après la jeunesse, pestent contre les galères, se font plumer à tout va et finissent tout de même par se soumettre aux caprices de l’amour et du hasard.

Malgré des dialogues un peu précipités et un débit de paroles parfois trop rapide pour les plus petits, toute la salle se laisse captiver par les imbroglios de cette farce à l’italienne: entre les cris, les claques, les traitrises et les confessions, pas une minute ne se perd! Pour sa mise en scène, Jean-Philippe Daguerre a justement choisi de conserver la dimension excessive et burlesque propre à la commedia dell’ arte: les spectateurs ont ainsi droit à une profusion de chutes, de coups de bâtons et de jurons, sans parler des multiples apartés qui instaurent une très belle complicité entre la scène et la salle. Enveloppé d’un décor simple et de costumes subtilement déclinés en noir et blanc pour différencier les clans familiaux,ce spectacle est une plaisante adaptation de la pièce de Molière qui n’hésite pas à agrémenter ses actes et sa prose de suaves ballades espagnoles: « Besame, besame mucho… »

Emmenez-y vos enfants dès 6 ans: il n’est jamais trop tôt pout les initier au répertoire classique!

Les fourberies de Scapin

De Molière

Mise en scène : Jean-Philippe Daguerre

Avec les comédiens du Grenier de Babouchka : Kamel Isker, Pierre Benoist, Patrick Clausse, Sébastien Gorski ou Johann Dionnet, Constantin Balsan, Agathe Sanchez, Jeanne Chérèze et David Mallet.

Théâtre Le Ranelagh
5 rue des Vignes – Paris 16e
Réservations : 0142886444
http://www.theatre-ranelagh.com/fr/saison-2016-2017
Vendredi 23 et samedi 24 juin à 20h
Reprise en automne 2017

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Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 5000 articles et interviews.