L’histoire d’une femme, le manifeste de Pierre Notte – car c’en est un – débute par une scène de rue où une passante gît a même le sol : tandis qu’elle traversait la route, un cycliste lui a mis la main aux fesses et s’est éloigné en riant. Face à ce geste dégradant, ce geste de trop, la demoiselle s’est effondrée : non pas physiquement comme on pourrait le croire, mais psychologiquement car, une fois de plus, elle a été atteinte dans sa dignité…

L'histoire d'une femmeCet incident, qui peut hélas sembler anodin, est le point de départ d’un monologue mettant lucidement en scène la société qui nous entoure : une société phallocratique où la bêtise humaine réduit trop souvent la femme à un simple objet de plaisir.

Afin de mettre en voix cette victime universelle, Pierre Notte a misé sur Muriel Gaudin : la silhouette robuste et les pieds bien ancrés dans la réalité, la comédienne va se démultiplier durant plus d’une heure et devenir le symbole de toutes ces femmes humiliées par la misogynie ambiante.

Assumant ce rôle accusateur sans faillir, Muriel entame son discours face aux spectateurs. Déterminée et tendue comme un arc, elle lance successivement ses flèches de vérité : qu’il s’agisse d’un barman machiste, d’un libraire arrogant ou d’un vil tripoteur calmant ses instincts sexuels dans les wagons bondés du métro, elle épingle ces messieurs sur le vif, les uns après les autres et sans concession. La diction hargneuse et parfois vulgaire, elle raconte le quotidien d’une jeune fille harcelée, évoque la soirée d’une épouse rabaissée et se moque du collégien tentant déjà sa chance auprès d’une femme mûre… Embrochant tour à tour un père archaïque, un amant brutal ou un dragueur fébrile, elle pointe du doigt ces mâles qui ne cessent de porter atteinte à l’intégrité de leurs paires.

Avec rage et certitude, la comédienne déverse ses remarques avilissantes et ses anecdotes sexistes. Son débit est brut, urbain, impressionnant ! En effet, tout va très vite – trop vite ! – dans ce féroce monologue : la gestuelle, le souffle, la narration, mais il y a tant à dire – et à médire – sur le sexe fort que Muriel Gaudin a bien conscience qu’il ne faut par perdre de temps !

On pourrait justement reprocher à cette pièce la précipitation et l’élocution brutale qui martèlent excessivement le cerveau des spectateurs, mais lorsque l’on y réfléchit, on constate que ces défauts soulignent précisément l’état névrotique atteint par ses protagonistes. On pourrait aussi se lasser des insultes et des scènes redondantes, mais là encore cette spirale narrative a le mérite de s’infiltrer dans nos esprits pour y ancrer le ras-le-bol des femmes harcelées.

Que l’on supporte ou pas ce flux dense et cette voix crue oscillant entre l’attaque et la défensive, une chose demeure certaine : beaucoup de victimes se reconnaîtront dans cette partition incisive car elle ne fait, hélas, que refléter une triste réalité.  Merci donc à l’auteur pour son écriture inquisitrice et à Muriel Gaudin pour son engagement évidant !

L’histoire d’une femme ? Une chronique effrénée du sexisme ordinaire

L'histoire d'une femmeL’histoire d’une femme
Texte et mise en scène Pierre Notte
Avec Muriel Gaudin

Théâtre de Poche
75 boulevard du Montparnasse – Paris 14e
Jusqu’au 16 mai 2017
Du jeudi au samedi 19h – Dimanche 17h30
Réservations : 01 45 44 50 21

« L’Histoire d’une femme » participera également au Festival Off d’Avignon :
Du 7 au 30 juillet 2017 à 13h40
Théâtre « Les 3 soleils » – 4 rue Buffon – Avignon
Réservations : 04 90 88 27 33

Photos @ Victor Tonelli

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Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 10000 articles et interviews.