Le Musée Guimet accueille une exposition consacrée à l’ère Meiji 

C’est l’année du Japon en France. Dans le cadre de Japonismes 2018, de nombreux événements, concerts, spectacles, expositions sont organisés à Paris pour célébrer la culture japonaise. Meiji, Splendeurs du Japon Impérial, présentée au Musée National des Arts Asiatiques, est l’une des plus en vue en cette fin d’année. Elle se propose d’instruire et d’émerveiller les visiteurs sur cette période charnière de l’histoire du Japon qu’est la révolution Meiji.

Meiji, une révolution sociétale sans précédent pour l’Archipel

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La foule se pressait à l’entrée même un vendredi après-midi!

La révolution Meiji trouve son origine au milieu du 19e siècle, quand les navires américains du commandant Perry forcent le baie de Tokyo en 1853. Fermé à toute relation avec l’étranger depuis des centaines d’années, le Japon est sommé d’ouvrir des routes commerciales avec les grandes puissances occidentales. L’arrivée de ces immenses bateaux de guerre noirs est un choc pour le pays, qui réalise l’immense retard technologique qu’il a par rapport à l’occident. Dès lors, le peuple japonais sera mu par une seule chose : le refus de se voir colonisé comme d’autres pays d’Asie.

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Les informations sont très détaillées

Le Japon va donc apprendre… très vite! Les administrateurs et les ingénieurs nippons travaillent sans répit. Ils s’inspirent massivement du savoir occidental pour développer le pays dans une multitude de domaines : c’est la doctrine 和魂洋才 (wakon yôsai) qui veut dire littéralement « esprit japonais, technique occidentale ». L’excellente chronologie à l’entrée de l’exposition retrace les grandes réformes et événements majeurs.

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Utagawa Kuniteru, Vue du Quartier Français de Yokohama, Estampe, 1872

L’industrie se développe promptement : la première ligne de chemin de fer s’ouvre en 1872 entre Tokyo et Yokohama, à peine trois ans après le début des réformes. L’éclairage au gaz et le tram arrivent également dans la capitale grâce au savoir-faire français. La constitution, le yen et l’école obligatoire apparaissent aussi dans ces premières années. En 1867, le Japon fait sa première apparition à l’exposition universelle de Paris, avant d’impressionner encore plus à Vienne en 1873. Le pays brûle d’entrer le plus vite possible dans le concert des nations. Une profusion d’échanges très bien illustrés par une estampe de Kuniteru (ci-dessus) montre le va-et-vient des navires étrangers dans le port de Yokohama.

La presse se développe aussi : le Mainichi Shinbun (littéralement « journal de tous les jours) paraît pour la première fois en 1871. Mais pendant l’ère Meiji, celle-ci déforme presque autant qu’elle informe, comme en atteste la présence à l’exposition d’extraits de la série Hyakusen Hyakushô. Le nom, qui signifie « cent extraits, cent rires », est un subtil jeu de mots sur 百戦百勝 qui se prononce pareil mais veut dire « cent batailles, cent victoires ». En effet, ces estampes parodient des chroniques de guerre, comme ici contre la Chine en 1895. C’est en revanche un type de propagande qui choquerait aujourd’hui, les chinois étant présentés comme pleutres et les japonais surpuissants.

Meiji, l’expansion guerrière

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Kobayashi Kiyochika, Entrevue pour les négociations de paix à Shimonoseki, 1895

Le gouvernement Meiji estime que s’il veut s’aligner sur les grandes puissances, il a besoin d’une bonne armée et d’un empire comparable à la France ou au Royaume-Uni. C’est la doctrine 富国強兵 (fukoku kyohei : à pays riche, armée forte). La guerre contre la Chine n’est que la première étape de la vision ambitieuse de Meiji. L’exposition montre ici une représentation des pourparlers de paix entre les belligérants. On remarque d’ailleurs que le titre est encore écrit de droite à gauche, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui pour l’écriture en ligne.

La Japon se dote en particulier d’une marine puissante, qui vaincra la flotte russe en 1905. Cette victoire a un immense impact au niveau international : c’est la première fois dans l’histoire qu’un pays asiatique triomphe d’une armée occidentale. Dès lors, l’archipel bénéficiera d’accords plus favorables avec les grands pays. En seulement 30 ans, le Japon de Meiji a gagné son pari.

Meiji, l’émergence d’un nation artistique

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Vase, fin 19e

L’art va connaître un formidable élan au Japon à partir des années 1870 et celà pour deux raisons principales. La première est un esprit de compétition avec la Chine. Le Japon connaît depuis longtemps la qualité de l’art venu du continent, à travers les vases Ming ou les récits populaires. Le mot d’ordre pour Meiji est alors très clair : il faut faire encore mieux! Les artisans nippons vont donc perfectionner leur technique, aidés en cela par le gouvernement qui organise régulièrement des colloques nationaux dédiés à la production : trois auront lieu entre 1877 en 1890. A ce propos, l’exposition regorge de vases magnifiques, aux motifs aussi bien occidentaux qu’asiatiques.

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Miyao Company, Paire de Samuraï, Bronze, fin 19e

La travail du métal croît formidablement. Ces sculptures dantesques de samouraï en bronze ont été façonnées par l’entreprise Miyao, qui visait les riches collectionneurs étrangers.

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Brûle-parfum en forme de balbuzard, Fer, milieu du 19e

C’est sûrement là que réside la raison principale du décollage artistique du Japon sous Meiji. L’artisanat est un moyen de s’attirer la sympathie du public occidental, doublé d’un marché inespéré pour un pays qui a besoin d’investir massivement dans la modernisation. Des négociants comme Philippe Sichel et Siegfried Bing contribuent à créer un marché de l’art Europe-Japon. A titre d’exemple, ce brûle parfum à figure de Balbuzard  qui aurait été achetée pour 1000 livres sterling, une somme astronomique en 1860 ! Le gouvernement Meiji donne une autre impulsion en créant la Kiritsu Kosho Kaisha, entreprise spécialisée dans la manufacture et l’export de l’art et l’artisanat. Le hors-série de Beaux Arts consacré à l’exposition estime que les objets d’art représentaient 10% des exportations du pays en 1890 !

A chaque exposition universelle où ils sont représentés, l’art et artisanat japonais attirent de plus en plus l’attention. La revue indique que le Japon est le premier pays asiatique à avoir un stand dédié aux beaux-arts à l’Exposition Universelle de Chicago en 1893. L’intérêt pour le pays du soleil levant est si fort qu’apparaissent dès 1888 des publications spécialisées en français comme Le Japon Artistique. Ci-dessus l’on peut constater que Flammarion a de son côté sorti une édition des Fables de la Fontaine… illustrée par des artistes japonais!

Japonisme est le mot utilisé dans les années 1870 pour qualifier le succès remporté par l’art japonais en occident sous Meiji. L’exposition Meiji, Splendeurs du Japon Impérial en est un témoignage percutant et incroyablement instructif.

A bien y réfléchir, le Festival Japonismes 2018 n’est que la énième édition d’une fascination française pour l’Archipel qui ne date pas d’aujourd’hui.

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meiji splendeurs du japon imperial exposition paris japonismes 2018Meiji, Splendeurs du Japon Impérial

Guimet – Musée National des Arts Asiatiques
6 Place d’Iéna, 75016 Paris

Du 17 octobre 2018 au 14 janvier 2019
Ouvert tous les jours de 10h à 18h sauf le mardi

Beaux Arts – Meiji, Splendeurs du Japon Impérial

Editeur : Beaux Arts & Cie
Prix : 9,50€

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Thomas Froehlicher est chroniqueur Japon & Gaming. Rédacteur pour plusieurs sites spécialisés dans le jeu vidéo, il intervient sur l'actualité vidéo-ludique depuis trois ans. Sa passion pour la culture japonaise, aussi bien classique que moderne, l'a poussé à en étudier la langue en parallèle de sa majeure en finance, puis à effectuer un semestre d'échange universitaire à Sophia University à Tokyo. Il est titulaire du Japanese Language Proficiency Test niveau 1 depuis 2012, et depuis ne jure que par les versions originales en japonais.