Pour cet homme anonyme qui se tient seul dans sa cellule le verdict final est tombé : COUPABLE.

Cloîtré entre quatre murs, il se sait à présent condamné et attend la faucheuse. Fébrile et résigné, il se met soudain à analyser les lieux et les gens qui lui rendent ses dernières visites tels cet huissier indécent ou ce prêtre hypocrite. Puis la peur s’en mêle qui l’entraine dans une spirale tourmentée où il repasse en boucle les dérives et les joies de son existence: face au jugement dernier qui le guette, le futur guillotiné a enfin pris conscience de son crime, mais mérite t’il vraiment de recevoir la mort de la main d’un homme ?

C’est à William Mesguich que revient le rôle complexe de ce condamné. La silhouette sombre et gracile, l’acteur offre au public une partition anxieuse dont la prose hugolienne se répand âprement dans la salle.
Les pieds nus, le teint blafard et l’oeil torve, on le voit faire les cent pas au sein de son cachot ou se contorsionner dans une camisole imaginaire. Tour à tour docile ou fataliste, William savoure de toute évidence le texte tragique de Victor Hugo et parvient a le retranscrire avec de douces nuances scéniques.
Contrairement à son habitude (et à son précédent monologue autour des « Mémoires d’un fou » de Flaubert) le comédien a choisi de ne pas se laisser emporter dans ses élans lyriques et de « contrôler » son personnage. Ceux qui sont coutumiers de ses fougueuses interprétations y discerneront la touche évidente d’un metteur en scène au registre plus sobre. En effet, François Boursier a souhaité conférer une certaine tempérance à son adaptation théâtrale du roman. C’est un choix personnel: loin de tout excès et désespoirs émotionnels, il laisse ainsi les spectateurs analyser posément l’autopsie intellectuelle proposée par Hugo.

Afin de mettre en avant ce plaidoyer contre la peine de mort – car c’en est un ! – le metteur en scène a judicieusement opté pour une décoration minimaliste : la chaise du condamné, son drap et les barreaux auxquels il se rattache sont ses derniers compagnons de cellule…
D’un point de vue sonore, le choix de François Boursier n’est cependant pas aussi habile : parallèlement aux airs mélancoliques de Satie ou de Debussy qui ponctuent sa pièce, il a inséré des transitions musicales qui scandent trop brutalement la narration. Maladroites et anachroniques, ces séquences sonores ont une telle puissance qu’elles entament l’aspect intimiste de cet univers carcéral et brouillent notre empathie à l’égard du prisonnier.

Hormis ce parti pris excessif, l’on apprécie les apartés et les effets de distanciation de William Mesguich qui interpelle directement le public; l’on aime aussi cette parenthèse poétique ou l’acteur déclame à double voix les quatrains de « Demain des l’aube » ; l’on adore enfin ce crescendo final qui nous transporte littéralement en Place de Grève : parmi cette foule avide de sang, le protagoniste maudit ses semblables tout en demandant sa grâce. À ce moment précis, une fusion s’opère dans le spectacle : Victor Hugo n’est plus dans la passivité du constat, William Mesguich s’extirpe de la narration pour incarner viscéralement le coupable, quant au personnage du condamné, il semble enfin prendre vie devant nous pour pouvoir crier une ultime fois à la face du monde à quel point son existence lui est chère.

Il eût fallu que toute la pièce fût aussi forte que cet instant pour qu’elle nous transcende au-delà de la beauté un peu trop formelle du verbe hugolien…

Le dernier jour d’un condamné
D’après Victor Hugo
Adaptation David Lesné
Mise en scène François Bourcier
Avec William Mesguich

Studio Hébertot
78 bis Boulevard des Batignolles
75017 Paris
Métro Villiers / Rome

Location 0142931304
http://www.studiohebertot.com

 

Jusqu’au 4 novembre 2017
Du mardi au samedi à 19h –
Le dimanche à 17h
1h10 – Tout public (Etudiants, réveillez-vous, la rentrée théâtrale a commencé !)

 

 

Partager
Florence Yérémian est journaliste culturelle. Rédactrice auprès de Muséart, Paris Capitale, L’Oeil ou le BSC News, elle couvre l’actualité parisienne depuis plus de vingt ans. Historienne d’Art de formation (Paris Sorbonne & Harvard University), correspondante en Suisse et à Moscou, elle a progressivement étendu ses chroniques au septième art, à la musique et au monde du théâtre. Passionnée par la scène et la vie artistique, elle possède à son actif plus de 5000 articles et interviews.